Mon quotidien

Entretiens familiaux et synthèses

Dans l’unité dans laquelle je travaille, nous recevons les parents régulièrement durant l’hospitalisation pour faire le point avec eux sur l’évolution de leur proche.  Jusqu’à présent, on ne m’y avait pas convié, cela se passait avec l’interne et le responsable de l’unité. Souvent les parents demandent s’il y a un(e) psychologue dans l’unité et peuvent s’inquiéter du côté purement médical de l’hospitalisation, alors que nous travaillons tous ensemble. Le fait de ne pas être vu par les parents m’embêtait un peu, qu’on puisse douter de la présence d’un travail psychothérapeutique durant une hospitalisation également. Alors, comme une grande, ma résolution du mois de Janvier était de m’affirmer un peu et d’en faire la demande à la responsable de l’unité. Ce qui m’apparaissait comme une montagne,  car être jeune psychologue à l’hôpital c’est comme un exercice géant d’affirmation de soi ; a finalement été accueilli de la manière suivante  « bah oui Julie pas de soucis ! ». J’ai donc eu mon premier entretien familial la semaine dernière, comme d’habitude, vous commencez un peu à me cerner, j’étais un peu stressée. J’ai toujours cette impression que lorsque les parents me voient, ils pensent que je suis stagiaire ou me jugent rapidement sur mon apparence et mon âge. Ce qui peut tout à fait être possible soit dit en passant… Mais cela n’a pas été le cas cette fois-ci. La maman était contente que son fils soit bien entouré par l’équipe, nous avons su la rassurer sur l’aspect thérapeutique de la prise en charge. J’ai conscience que cela ne va pas toujours être facile, mais c’est toujours bon à prendre. J’essaye de garder en tête ce que le père d’un patient que j’ai vu et qui participe à Profamille m’avait dit une fois « Tenez bon, on a besoin de vous ».

Les synthèses

Lorsqu’un patient est hospitalisé dans l’unité, parfois nous sommes amenés à rencontrer les personnes qui le suivent à l’extérieur. Cela peut être une autre institution, des personnes travaillant dans les espaces jeunes, des éducateurs spécialisés, l’aide sociale à l’enfance, les psychiatres et psychologues du CMP où le patient est suivi etc… Les synthèses ne sont pas nouvelles pour moi, j’avais eu l’opportunité lors de mon stage de M2 d’y participer. Ce qui est nouveau par contre c’est que je sois la psychologue référente de l’unité. J’ai déjà participé à plusieurs synthèses, toutes se sont très bien passées. Le plus impressionnant pour moi est lorsqu’il y a un psychologue présent qui a beaucoup plus d’expérience. Parfois cela se passe très bien et parfois on peut sentir une certaine… « évaluation » de la part du confrère. Il arrive souvent aussi que nous ne soyons pas de la même orientation thérapeutique, pour moi pas de soucis, je reste très ouverte, mais lorsque le collègue commence à parler en langage psychanalytique, j’ai l’impression de perdre mes moyens, de ne pas être à niveau, de ne pas avoir de vocabulaire qui soit assez « psy » pour justifier mon statut. S’il y a une chose que j’ai apprise lors de mes stages, c’est de s’assurer que le patient et les équipes comprennent ce qu’on a à leur transmettre, de ce fait je ne m’aventure jamais dans des interprétations subjectives sur un patient avec un langage que moi seule peut comprendre. Je marche par hypothèses et j’ai un vocabulaire plutôt courant avec évidemment un certain jargon « psy » mais rien qui soit incompréhensible. Je ne dis pas que c’est le lot de tous les psychologues/psychiatres d’orientation psychanalytique, loin de là, j’ai des collègues très ouvertes avec qui nous échangeons régulièrement et tout se fait dans la bienveillance. Mais c’est un fait ! Certains collègues (et même certains étudiants dès l’université) peuvent échanger sur un mode « psy compliqué », personnellement je ne me sens pas à l’aise en faisant ça, ça ne me correspond pas.  Je ne comprends d’ailleurs pas pourquoi il y a une sorte d’animosité entre les approches thérapeutiques car au final nous avons tous le même but : le mieux-être du patient. J’ai eu la chance de faire un Master dit TCC qui avait des enseignements psychanalytiques, ce que j’ai trouvé très riche !

Avez-vous déjà eu ce sentiment ? Ces appréhensions ? Que pensez-vous de ces « guerres de Chapelle » ?

1 réflexion au sujet de “Entretiens familiaux et synthèses”

  1. Bonjour,
    Je trouve ta vision des choses très intéressante et je m’y retrouve beaucoup. J’ai fait une licence à Nantes, la clinique était orientée exclusivement sur la psychanalyse. La jargon et cette barrière entre ceux qui l’utilisent et le comprennent, et les autres, ça m’a toujours posé question. L’ouverture d’esprit me semble être une qualité indispensable pour être psychologue, je pense que chaque thérapie qui fait ses preuves est un outil à ne pas négliger .

    Aimé par 1 personne

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