Pathologies et soins

Témoignage 1 – La bipolarité

Comme je vous l’ai expliqué, ce blog à la vocation de vous faire découvrir, de comprendre, d’apprendre sur la psychologie, sur les difficultés et les pathologies que peuvent rencontrer certaines personnes. Aujourd’hui je suis très heureuse de vous partager le témoignage d’une amie qui nous parle de son trouble bipolaire. Je suis très touchée qu’elle m’en ait parlé et qu’elle m’ait proposé de publier son témoignage. Comme vous le savez je suis loin de tout savoir, je choisis de vous parler de ce que j’ai pu observer durant mes stages et ma courte expérience. Je pense que c’est important de laisser la parole aux personnes concernées plutôt que de parler à leur place et c’est dans cette optique que j’espère pouvoir continuer d’illustrer ce blog.

« La bipolarité a toujours été là, d’aussi loin que je me souvienne. C’est juste que l’on a mis du temps à mettre un mot sur mon mal-être. La bipolarité a grandi au fur et à mesure et vient un moment où on ne peut plus l’ignorer, parce qu’elle prend trop de place. La génétique, plusieurs évènements traumatisants et elle a explosé. 

A partir de l’âge adulte, j’ai commencé à alterner les phases dépressives et maniaques. Plus le temps passait et plus ces phases étaient marquées. Les phases dépressives faisaient de plus en plus mal, les phases maniques étaient de plus en plus euphorisantes. Je ne suis pas allée chercher de l’aide car je n’en voyais pas le caractère pathologique. C’est lors d’une consultation pour une banale angine chez un médecin généraliste que mon suivi médical a commencé. J’étais dans une phase dépressive très prononcée. Ce n’était pas l’angine qui inquiétait le médecin, c’était mon état psychologique. Il m’a posé plusieurs questions sur comment je me sentais et très vite il a diagnostiqué une dépression. Il m’a demandé si j’avais des idées noires, j’ai répondu que oui. Il m’a adressée aux urgences psychiatre d’un hôpital parisien. Je n’y suis pas allé. Le médecin m’a envoyé un sms quelques heures plus tard en me demandant si j’y étais, j’ai répondu que non. J’ai reçu un appel du SAMU peu de temps après : « on préfère vous appeler maintenant plutôt que de débarquer chez vous ». J’ai compris que ce qui m’arrivait était grave. Je suis allée chercher de l’aide chez une psychologue et un psychiatre. Deux ans d’errance thérapeutique ont commencé. Dépression, état anxio-dépressif, trouble de la personnalité borderline, dysthymie, trouble de l’adaptation, stress post-traumatique, trouble du comportement, bref c’était sans fin. Antidépresseurs, neuroleptiques, somnifères, anxiolytiques, neuroleptiques atypiques et pendant ce temps-là je souffrais toujours. Sauf pendant les phases maniaques. C’était le nirvana ! Ce que l’on ressent à ce moment-là est difficile à expliquer à quelqu’un qui ne l’a pas connu. Au moins cinq fois plus puissant que la cocaïne. La vie est soudainement magnifique, tout va bien, accélération de la pensée, facultés intellectuelles décuplées, sentiment de plénitude, faire des projets, une grande créativité, libido débridée, vie sociale intense, aucune sensation de fatigue, une accélération de la parole, dépenses inconsidérées, rire sans arrêt, plus rien n’a de conséquences, se trouver belle, mégalomanie… Évidemment on ne se rend pas compte du caractère pathologique de ses actes. J’ai acheté un tableau à 2000 euros sur un coup de tête alors que je n’en avais pas les moyens, j’ai refait la décoration de mon appartement avec des meubles hors de prix. Multiplicité des partenaires sexuels, relations non protégées, conduites à risque, consommation de substances et d’alcool, passer la nuit à récurer tous les murs de l’appartement… Et puis il y a la chute. Plus l’épisode maniaque est grand, plus la chute est impressionnante. J’ai souvent eu l’envie de mourir. Ce n’est pas tant que je voulais mettre fin à mes jours, mais je voulais juste ne plus souffrir. Mon mal-être était tellement immense. Aucun traitement ne fonctionnait, je me faisais à l’idée de n’aller jamais mieux.

Cela a duré deux ans. Je n’allais chercher de l’aide auprès de professionnels que lorsque j’étais en phase dépressive. Les phases maniaques n’étaient pas des moments de souffrance, donc je n’en parlais pas. Je n’en veux pas aux différents professionnels qui m’ont suivi, parce que lorsqu’on a seulement la moitié des informations on ne peut pas faire un diagnostic correct. Et puis je me suis enfin décidée à parler des phases maniaques à mon psychiatre, parce qu’au fond de moi, je commençais à savoir, à deviner. Et enfin la maladie a été appelée par son nom. J’ai été hospitalisée pendant deux mois. Les régulateurs de l’humeur ont été instaurés, j’ai suivi une TCC, des séances d’éducation thérapeutique, fait de la sophrologie, participé à des groupes de paroles. Mon  hospitalisation m’a beaucoup aidé et apporté. 

Grâce à tout ça maintenant je suis enfin stable et je redécouvre l’envie de vivre, de me sentir bien, d’être stable. Je fais tous les efforts nécessaires pour que cela continue. En ce qui concerne la gestion de ma maladie au quotidien je dirais que l’entourage joue un rôle énorme. Il faut que l’entourage joue un rôle de pilier, de coussins. Je n’hésite pas à aller chercher de l’aide auprès d’eux. Ils s’aperçoivent souvent avant moi des signes avant-coureurs des différentes phases, ils savent tourner la maladie en humour, sans me blesser. J’ai des alarmes sur mon téléphone pour ne pas oublier mes traitements. Je les ai toujours dans mon sac, au cas où je ne suis pas chez moi à l’heure des prises. Je fais attention à mon hygiène de vie, même si je ne vais pas vous mentir, c’est ce qui est le plus difficile. Bien dormir, bien manger, éviter au maximum la consommation d’alcool et de drogues. La personne bipolaire a un comportement très addictif, alors à défaut de faire une croix sur l’alcool et la drogue, je me limite à une fois par mois.

J’ai un message d’espoir à faire passer. Dans mon entourage tout le monde est au courant. Ma famille, mes colocataires, mes amis, mes collègues, ma hiérarchie. Depuis la découverte de la maladie, leur regard sur moi n’a pas changé. Ils ne m’ont jamais vu comme une personne malade, ils ont juste vu *moi*. Je travaille à 100%, sans aménagement du temps de travail, parce que je m’en sens capable, parce que mon travail est très aidant pour moi, il m’encre dans la stabilité. J’ai des relations sociales tout à fait satisfaisantes. J’ai le droit au bonheur aussi. »

2 réflexions au sujet de “Témoignage 1 – La bipolarité”

  1. Merci pour ce témoignage, et bravo pour votre détermination à aller mieux!

    Je suis moi aussi en cours de diagnostic de trouble bipolaire, mais mon cas est atypique et les avis divergent…

    Il y a un point sur lequel je ne suis pas d’accord avec ce que vous écrivez: je trouve très grave que très peu de psychiatres posent la question de l’excitation psychique. Ce n’est pas à nous de penser à leur en parler (ce qui nécessite de connaître le trouble bipolaire), mais bien à eux de poser les questions qui permettent de faire la distinction entre dépression (ou autre) et trouble bipolaire.

    J’espère vraiment que les choses vont évoluer et que les troubles bipolaires seront diagnostiqués de plus en plus rapidement!

    Vous souhaitant une bonne continuation,
    Blandine

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