Mon quotidien

Être psychologue dans un service hospitalier

Lorsque l’on parle du métier de psychologue, nous avons surtout la vision du psychologue qui pratique en libéral et très peu de celle du psychologue qui travaille dans un service hospitalier. Un patient m’a demandé une fois si j’avais terminé mes études, car je travaillais à l’hôpital, il pensait que l’hôpital était uniquement un lieu d’apprentissage obligatoire et que nous allions en libéral après. Les idées reçues sur le métier de psychologue sont encore très présentes mais : OUI un psychologue peut travailler dans un service hospitalier, qu’il soit psychiatrique ou somatique. On parle parfois de psychologue hospitalier.

La place du psychologue dans un service hospitalier

Le psychologue possède le statut de cadre, cependant lors de mes stages, je m’étais déjà rendu compte que la place du psychologue à l’hôpital était difficile à tenir. Nous sommes une profession qui n’est pas paramédicalisée et dans certains hôpitaux cela peut être compliqué au niveau de la hiérarchie (qui est très claire pour le personnel médical et paramédical). Dans certaines institutions privée d’ailleurs, le psychologue fonctionne sur prescription médicale… ce qui va totalement à l’encontre de notre profession.  Nous n’avons pas  à passer par le médecin pour voir un patient hospitalisé. Nous sommes tout à fait capables d’évaluer une demande de suivi psychologique. Cependant, à l’hôpital, nous en discutons en équipe durant les synthèses. C’est pourquoi, pour moi qui ne suis pas du genre super affirmée et qui est assez sensible, travailler en psychiatrie s’est révélé être un exercice géant  d’affirmation de soi !

Travailler en équipe

Ce que j’aime dans le fait de travailler à l’hôpital, c’est le travail en équipe. Dans l’unité où je suis, j’interagis principalement avec l’interne et le chef de clinique responsable de l’unité. Mais également, beaucoup avec les soignants avec qui je discute des patients, car après tout ce sont eux qui les voit le plus souvent, c’est donc important de leur transmettre également ce que j’ai pu voir durant mes entretiens ou mes groupes. Le travail en équipe à ses avantages, mais peut parfois poser problème. Il faut savoir se faire une place et s’affirmer dans son rôle dans l’unité et ce n’est pas toujours simple. Certains professionnels empiètent parfois sur votre travail et vous devez vous battre pour que chaque rôle soit respecté. J’ai eu cette expérience avec une soignante qui voulant bien faire, se mettait à faire des entretiens psychologiques. C’est hyper délicat, car nous n’avons pas envie de blesser l’autre mais ne même temps, le psychologue à son rôle propre dans le service comme celui d’infirmer ou de médecin et c’est un important de le respecter. Si tout le monde se met à faire un peu du boulot de l’autre la prise en charge peut s’en trouver compromise.

Les visites

Durant les visites, où le psychiatre voit tous les patients de l’unité pour faire un point chaque semaine, être le psychologue  peut être compliqué. Vous êtes aussi acteur du soin au même titre que les autres soignants et pourtant, en visite on ne nous entend pas toujours, voir même, on ne nous laisse pas tellement de place pour nous exprimer sur le patient. Ce n’est pas spontané de ma part de me mettre en avant, alors ça m’a demandé un gros effort de m’affirmer et de dire que ce que je pensais du patient. Ne vous mettez pas en retrait, les médecins sont vos collègues, même si  parfois on se laisse avoir par leur « aura médicale» lorsqu’on est jeune psychologue ; ils ne vont pas vous croquer (promis !). Certains demandent même à avoir plus d’échanges avec vous.

Savoir dire « non »

C’est une chose que j’ai dû apprendre assez rapidement pour ne pas me faire manger toute crue à l’hôpital. Quand on est jeune psychologue, on est plein de bonnes volontés, on veut faire plein de choses et se faire bien voir : c’est normal ! C’est partout pareil. Et je dirais même qu’avec la précarité de notre statut, c’est presque de l’instinct de survie ! Mais… attention, même si vous êtes plein de bonnes volontés, il faut savoir poser des limites, c’est important, sinon vous serez vite débordé. N’accepter de rendre service que si cela vous arrange ou que cela ne vous surcharge pas. Dans la fonction publique nous avons déjà beaucoup à faire en peu de temps. J’ai la chance d’avoir une chef de clinique qui veille au grain quant au fait que je sois surchargé et je dois dire que c’est une chance !

L’institution

Je ne vais pas vous le cacher ; je ne pouvais pas parler de la position du psychologue à l’hôpital sans malheureusement vous parler de la maltraitance de certaines institutions. En tant que psychologue vous ne faites pas partie de la profession médicale et parfois l’institution vous le fait bien comprendre. Cela peut être de petites choses qui accumulées peuvent devenir gênantes. Vous n’êtes pas toujours entendu, votre avis peut ne pas être pris en compte, vous n’avez pas les mêmes droits aux formations que les médecins, votre salaire n’est pas à la hauteur de vos années d’études. Le temps FIR (Formation Information Recherche) n’est pas respecté la majorité du temps alors que c’est un temps auquel vous avez le droit et qui est nécessaire pour mettre à jour nos connaissances cliniques. Parfois vos collègues soignants ne connaissent pas réellement vos missions en tant que psychologue.

Récemment on m’a prévenu que je devais faire une présentation devant des dizaines d’internes et médecins pour la recherche sur laquelle je travaille, en étant en copie dans un mail qui ne m’était pas destiné… Bien souvent les contrats dans la fonction publique sont courts et cela peut être difficile de se projeter au-delà de 6 mois. L’intégration peut ne pas toujours être évidente lorsqu’on arrive à l’hôpital. J’ai eu de la chance car je connaissais déjà quelqu’un mais on peut vite se retrouver assez seul(e) dans ses débuts. C’est pourquoi, s’il existe un collège des psychologues dans votre institution, n’hésitez pas à l’intégrer. Même si vous êtes seul(e) dans votre service ; les psychologues des autres services vivent peut être la même chose que vous et dans ces cas-là les échanges sont importants.

L’apprentissage

Pour terminer sur une note positive, en sortant de la fac après mon Master, j’ai eu l’impression de ne rien savoir. De n’avoir aucune clé en mains pour venir en aide au patient. Je vous en avais déjà parlé lors de mes premiers entretiens. Pour moi travailler à l’hôpital est très enrichissant tant au niveau de la clinique que de l’apprentissage qui en ressort. En travaillant dans un service hospitalier, vous voyez, entendez des choses parfois difficiles, effrayantes, horribles… mais c’est à partir de ces situations que j’ai commencé à grandir en tant que jeune psychologue. Le fait d’être entourée d’une équipe m’apporte énormément.  La fonction publique ayant peu de moyen, vous construisez vos outils vous-même et vous devenez vite autonome. Travailler à l’hôpital c’est un lieu qui vous apporte aussi beaucoup en termes de connaissances, d’humanité et d’humilité.

Votre projet professionnel passe par la case « hôpital » ? Vous avez des appréhensions quant à un stage ? N’hésitez pas à poser vos questions.

Références

  • Le psychologue en service de psychiatrie : Pratique clinique de Caroline Doucet
  • Le psychologue en service de médecine de Caroline Doucet
  • Psychopathologie en service de pédiatrie de Philippe Duverger
  • Le psychologue clinicien en institution : panser le lien de Elvire Alessandrini et Judith Mendelson

Image : Yao Cheng

5 réflexions au sujet de “Être psychologue dans un service hospitalier”

  1. Article intéressant, merci pour ce partage d’expérience ! En effet, les référents de stage nous le dis beaucoup : c’est difficile de se faire une place dans une équipe et de faire « asseoir » son expertise 🙂 Merci de nous rappeler l’importance du psychologue et de placer les limites des différentes fonctions 🙂

    Aimé par 1 personne

  2. Merci pour cet article !
    Je suis personnel soignant a l’hôpital, je réfléchis a une evolution professionnelle. Le metier de psychologue m’attire.. J’aurai souhaiter discuter plus amplement avec vous…
    Merci encore pour ce blog

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