Mon quotidien

Psychologue et recherche clinique

Je parle essentiellement de mon temps clinique à l’hôpital, car c’est ce que j’aime le plus, mais j’ai également un temps de recherche dans le même service.

C’est mon premier mi temps, c’est ce mi-temps qui m’a permis de mettre un pied en psychiatrie. Alors, si jamais vous avez l’opportunité de faire de la recherche, je pense que c’est un bon moyen de mettre un pied dans l’institution pour évoluer en interne par la suite, comme je l’ai fait. La recherche d’emploi étant assez compliquée il faut savoir user de stratégies.

C’est un temps différent où j’interviens dans un cadre beaucoup plus structuré car il faut suivre un protocole. Cela fait maintenant 2 ans que je participe à une recherche clinique sur un protocole de RTMS (Stimulation magnétique transcrânienne) chez des patients qui souffrent de schizophrénie et qui ont des symptômes qui résistent à deux lignes de traitements neuroleptiques.

Les symptômes que le protocole vise à diminuer sont les symptômes dit de premier rang. Ce sont les premiers symptômes qui ont été identifiés dans la schizophrénie :

  • Audition de voix ou pensées dites à voix haute
  • Le patient peut entendre des voix qui conversent entre elles.
  • Commentaires des actes et de la pensée (les voix commentent tout ce que fait ou pense le patient)
  • Idées délirantes d’influence (le patient a le sentiment que ses impressions ou ses actions sont contrôlées par une force extérieure).
  • Idées délirantes de lecture de la pensée (le patient pense que les autres peuvent lire dans ses pensées)
  • Diffusion de la pensée (le patient a la conviction que ses pensées peuvent être diffusées et dites à voix hautes de sorte que tout le monde puissent les entendre.)
  • Pensées imposées (la patient à l’impression qu’une force extérieure lui insert des pensées dans la tête)
  • Vol de la pensée (Le patient a l’impression qu’une force extérieure lui vol ses pensées)

Ces symptômes de premier rang semblent être la conséquence de troubles de l’agentivité (conscience d’être responsable de sa propre pensées et de ses propres actions), du sens de la propriété du corps ou de troubles de la familiarité.

Lorsque le patient a eu deux traitements différents et que ces symptômes persistent, j’interviens pour leur proposer le protocole de recherche. La RTMS est peu invasive, ça ne fait pas mal. Du coup c’est un traitement en complément du traitement médicamenteux qui peut être pas mal du tout pour des patients qui ont essayé plusieurs types de traitements. Le patient est éveillé, assis dans un fauteuil, il a une sorte bobine qui est tout près de son crâne qui lui envoie des ondes magnétiques pour moduler l’excitabilité cérébrale à l’origine de tous ces symptômes.

Mon rôle dans cette recherche ?

J’effectue des évaluations à l’aide de plusieurs échelles et tâche pour évaluer les effets de la RTMS sur le patient. J’utilise la SAPS qui évalue les symptômes positifs, la SANS qui évalue les symptômes négatifs, la PANSS qui évalue tous les symptômes de la schizophrénie. J’utilise également une échelle de qualité de vie afin de savoir si cela peut évoluer de ce point de vue aussi.

J’évalue également ce que l’on appelle les troubles de la familiarités. L’hyperfamiliarité où le patient peut avoir l’impression de reconnaître ses proches chez des inconnus et l’hypofamiliarité où le patient ne reconnaît pas ses proches. Pour évaluer cette problématique je fais passer une tâche à un patient.

Le patient doit me donner deux photos de ses proches. A l’aide d’un logiciel de morphing, je mélange le visage de mon patient avec ses deux proches et avec deux inconnus. Les visages sont ensuite présentés de manière aléatoire et le patient doit cocher « oui » s’il se reconnaît dedans et « non » s’il ne se reconnaît pas.

Pour évaluer les troubles de l’agentivité et le sens de propriété du corps j’utilise ce que l’on appelle l’illusion de la main en caoutchouc. À L’aide d’un dispositif, le patient fait bouger une main en bois articulée avec sa propre main qui est cachée. De ce fait le patient peut avoir l’impression que la fausse main qu’il voit, est la sienne.

Au final mon travail est de trouver les patients pour la recherche (le plus difficile) et de les évaluer durant trois mois. Cette recherche m’a permis aussi de me familiariser davantage avec la schizophrénie et sur comment elle peut se manifester. Elle me permet de faire partie de ce projet qui est de proposer un traitement de plus lorsque les symptômes résistent aux médicaments, c’est assez valorisant de faire partie d’un tel projet. Mais la recherche n’est pas de tout repos, nous pouvons avoir des pressions de la part des personnes qui financent la recherche si ça ne va pas assez vite.

Saviez vous que le psychologue pouvait aussi participer à des recherches cliniques ? C’est quelque chose qui pourrait vous plaire ?

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