Mon quotidien

L’impatience du jeune diplômé

Elle a commencé en fin de Master 2 pour ma part. De plus en plus à l’aise sur mon lieu de stage, j’étais impatiente d’avoir un poste et de commencer à travailler. Cette impatience, elle pointe le bout de son nez durant la dernière année, entre l’angoisse de se jeter dans le grand bain et l’envie de créer ses outils, de faire à sa manière. Tout devient plus concret : les enseignements, la pratique sur le terrain, la population avec laquelle on veut travailler, les formations que nous avons envie de réaliser ; du coup l’impatience grandie à mesure que le diplôme approche.

D’ailleurs cette impatience, elle peut se manifester en s’inscrivant dans un DU/formations durant l’année de M2 ou juste après pour s’assurer d’une expérience supplémentaire, s’assurer d’être prêt le moment venu.

Pour ma part et peut-être que pour vous aussi, elle concerne l’apprentissage, les lectures et les formations. Je voudrais tout savoir, je voudrais avoir 10 ans d’expérience en 10min, lire des livres sur plusieurs thématiques différentes car, je suis curieuse de tout, avancer le temps comme dans les sims pour apprendre toujours plus!

Mais mon principal ennemi justement c’est lui : le temps. Il est à la fois trop rapide, je ne vois pas les journées passer et à la fois très long quand je songe à toutes les formations que je souhaiterai faire que je n’ai toujours pas réalisées.

Je voudrais avancer plus vite que la musique me sentir aussi confiante que mes différentes tutrices. Je me compare beaucoup à elles et à ce qu’elles ont accompli. Je me dis que je n’ai pas fait la moitié et qu’il faut que je me bouge, que je suis en retard. Sauf que j’oublie un élément central dans mon raisonnement : cela fait seulement deux ans que je suis diplômée. Et c’est là où je veux en venir quand je parle d’impatience.

Elle peut prendre de la place, elle peut nous amener à nous dévaloriser, à nous comparer au copain de promo qui a déjà un DU alors que nous n’avons encore rien réalisé. Sauf qu’en restant centré sur cet aspect là de notre pratique, on en oublie que jours après jours, de manière implicite, nous apprenons énormément. C’est le patient qui nous apprend le plus, c’est le patient qui nous sert à affiner notre pratique et ça demande du temps. Et puis soyons honnêtes, les formations coûtent très cher et pour pouvoir se les payer il faut travailler un certain temps, tout simplement.

Une autre forme d’impatience que j’ai pu ressentir au début de ma pratique et que je peux encore ressentir à certains moments : c’est de vouloir aider le patient tout de suite. De lui proposer tout de suite quelque chose pour agir sur ce qui lui pose problème pour bien fonctionner au quotidien. Lui proposer quelque chose tout de suite pour qu’il arrête de souffrir. Il se peut que vous ressentiez cela en stage ou en poste lors de vos premiers entretiens.

PAS DE PANIQUE !

Nous avons tous voulu faire ce métier car nous voulons venir en aide aux personnes en détresse psychique, il est donc naturel de vouloir aider à tout prix le patient. Gardez à l’esprit que le patient a également besoin de temps lui aussi, parler de ce qui le fait souffrir à un.e inconnu.e n’est pas quelque chose de simple. Une relation, de manière générale, met du temps à se construire. Il en va de même pour une relation thérapeutique : l’alliance va se former petit à petit et le patient se livrera à vous progressivement. Et plus il se livrera plus vous aurez des éléments pour avoir une vision globale du problème et c’est à ce moment-là que vous pourrez lui proposer des pistes. Dans ma tête je vois cela comme un puzzle géant que nous construisons petit à petit avec le patient et pour y voir plus clair, pour voir l’image entière, il nous faut évidemment toutes les pièces ; et cela prend du temps.

Quand je sens que cette impatience repointe le bout de son nez, je me dis que j’ai toute ma vie pour apprendre, pour lire, pour affiner ma pratique. Que j’ai la chance d’avoir autant de temps à ma disposition pour me réaliser pleinement en tant que psychologue. Cela prend du temps de se créer un réseau, cela prend du temps d’apprendre de nous même, ce qu’on est capable de réaliser, nos limites, cela prend du temps de s’interroger. Le temps, est au final, plus un allié qu’autre chose.

6 réflexions au sujet de “L’impatience du jeune diplômé”

  1. Coucou ! J’ai adoré ton article, je me permets de pointer deux fautes en toute amabilité pour t’aider et t’épargner les relectures : « Sauf qu’en restant centrer(é) sur cet aspect là de notre pratique »/ »pour une relation thérapeutique (:?) l’alliance va se former ». Voilà, c’est juste ça.
    Quant à ce que tu dis, ça m’a beaucoup intéressé car je voudrais vraiment partir en faculté de psychologie et… je me sens déjà impatiente… je suis en train de dévorer un livre sur l’Analyse Transactionnelle, bientôt j’entame celui sur l’ACT, puis la CNV… C’est passionnant et j’ai hâte d’aller étudier et travailler. Les feed back comme les tiens me sont vraiment précieux pour me situer et réfléchir à ce que je ressens et il y en a très peu. Merci beaucoup !

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s