Mon quotidien

Ma première stagiaire

Je ne sais pas pour vous, mais c’était une des choses que je redoutais un peu : Accueillir un stagiaire lorsqu’on est jeune diplômé. Je me doute que c’est pour cela que certaines institutions ne permettent pas aux jeunes diplômés de prendre des stagiaires tant qu’ils n’ont pas trois ans d’expérience.

C’était une expérience que je redoutais, car je n’avais pas l’impression de pouvoir apprendre quoique ce soit à un étudiant. Et au final, prendre cette première stagiaire m’a fait beaucoup de bien.

J’y pensais depuis un certain temps, seulement je ne recevais pas de candidatures de L3. En parlant avec plusieurs étudiants, on m’a dit une fois, que certaines fac pouvaient presque « interdire » de réaliser des stages à l’hôpital ou en psychiatrie en licence  pour qu’ils soient réservés aux masters. Ce qui est vraiment dommage, car j’ai eu la chance de faire un stage en psychiatrie en 3e année, ce qui a pu m’aider à mieux construire mon projet professionnel par la suite. Pour les étudiants en licence 3 ; n’hésitez pas à nous envoyer des candidatures, vous pouvez très bien tombé sur des jeunes psy comme moi qui ne peuvent pas prendre de master et qui veulent prendre un stagiaire.

Et puis la candidature de S. arriva et je me suis dit « Allez on se lance ! ».

S’en suis tous les préparatifs, les conventions de stage à signer, prévoir la blouse et le contenu du stage. Et puis toutes les questions qui nous viennent en tête : Quelle posture dois-je adopter avec un étudiant ? Vouvoiement ou tutoiement ? Comment choisir les patients qu’elle pourra voir avec moi ? Est-ce que si je lui laisse des temps, seule, elle va s’ennuyer ?… Alors je me suis inspirée de mes trois tutrices qui m’ont chacune, beaucoup appris. J’ai fait avec S. comme elles ont fait avec moi.

Je lui ai proposé que l’on se tutoie et je me suis tout de suite sentie plus à l’aise. Je l’ai amené avec moi dans ma routine. Ça commence par le staff du lundi matin qui est une réunion qui réunit tout le service pour organiser la semaine et faire le point sur les nouveaux entrants dans les 4 unités. Quand elle m’a dit à quel point elle avait aimé le staff du lundi, je me suis dit qu’elle allait adorer le reste. Je lui ai fait voir un maximum de choses, même quand je ne pouvais pas la prendre avec moi, je demandais à mes collègues si elle pouvait lui montrer des activités.

Je n’appréhendais pas spécialement l’observation de mon groupe de parole car je le réalise avec l’interne de l’unité et parfois des étudiants infirmiers. Par contre, j’appréhendais un peu plus l’observation de mes entretiens individuels, car je suis toujours seule d’habitude. C’est le patient et moi ; je n’avais jamais débuté de suivi avec une tierce personne. C’est intéressant, car c’était la première fois que j’avais un retour sur mes entretiens. Ça m’a permis de voir à quel point je suis focus sur le patient et que je faisais abstraction de tout ce qui se passait ailleurs dans l’unité ; ça m’a permis également d’avoir un autre regard et d’échanger sur nos idées respectives à propos de ce qu’a pu dire le patient.

Cela fait un peu plus de deux ans que je suis en psychiatrie et j’avais l’impression de stagner au niveau de mes connaissances (vous vous rappelez de mon impatience ?). Avoir une stagiaire m’a permis de voir que non seulement je savais pas mal de choses, mais que j’avais aussi de l’expérience !

Car lorsque l’on est dans un environnement professionnel depuis un certain temps, je ne sais pas pour vous, mais moi j’avais l’impression de m’installer dans une petite routine et de ne pas réellement avancer en terme de pratique, de connaissance et d’expérience. Avoir un retour fait par quelqu’un qui découvre la pratique clinique sur le terrain nous aide à remettre les pendules à l’heure et à se dire : Oui je sais des choses et oui je gagne en expérience jours après jours même si ça ne se voit pas toujours.

Prendre un stagiaire a été une superbe expérience pour moi. J’en ai d’ailleurs une autre qui est arrivée peu de temps après. S. m’a rappelé que j’adorais transmettre aux autres ! Alors, franchement, si vous êtes jeunes diplômés et que vous vous posez la question : Allez-y ! Commencez par des petits stages de licence pour vous mettre en confiance et vous y prendrez goût.

Comment était votre première expérience en tant que tuteur/tutrice de stage ? En tant qu’étudiant quels ont été vos ressentis lors de votre premier stage ?