Mon quotidien

Groupes thérapeutiques en psychiatrie

Parmi les missions que j’ai dans l’unité, il y a l’animation d’un groupe thérapeutique. C’est un groupe de parole mis en place bien avant que j’arrive pour permettre aux jeunes et aux mamans qui veulent participer, de verbaliser sur des thèmes précis.

Récemment, on m’a questionné sur l’utilité de ce groupe. A quoi sert un groupe de parole en psychiatrie ? Ma réponse, n’engage que moi et n’est la conclusion que de ce que j’ai pu observer depuis que je suis dans cette unité. Le groupe permet aux patients de s’exprimer sur des sujets qu’ils ne peuvent pas toujours aborder avec leur famille, ils peuvent alors se rendre compte qu’ils ne sont pas seuls à ressentir certaines choses. S’exprimer devant plusieurs personnes n’est pas quelque chose de facile en général, alors cela peut également leur permettre de s’exposer progressivement au regard de l’autre dans un contexte sécurisant et bienveillant.

J’imagine que depuis qu’il existe, ce groupe a évolué en fonction des psychologues qui l’ont animé. Chacun le faisait un peu à sa sauce. Lorsque je suis arrivée dans l’unité, avoir une trame d’animation pour le groupe m’a beaucoup rassurée. Un classeur avec les thèmes déjà abordés existait et je me suis beaucoup aidé  de celui-ci. Ce sont des thèmes comme : L’hospitalisation, le vécu de la maladie, la confiance en soi, la famille, les relations avec les autres, l’après-hospitalisation… Une boîte à thème avait même été crée pour que les patients puissent y glisser de manière anonyme des questions ou des thèmes qu’ils souhaitaient discuter en groupe.

Et puis petit à petit, je me suis rendu compte que la même méthode d’animation ne fonctionnait pas toujours avec certains groupes de patients. Il y a des groupes où je me retrouvais à parler toute seule car même me répondre « oui » ou « non » devenait compliqué pour les patients. Et lorsqu’on n’a pas de patients « moteur »qui peut nous venir en aide, l’heure de groupe peut s’avérer très longue.

C’est pourquoi j’ai voulu tester plusieurs types de groupes, avec ou sans médiations. Voici une petite liste de ce que j’ai pu faire avec les patients jusqu’à maintenant :

Groupe émotions

Durant ce groupe, j’aborde les émotions primaires, nous discutons ensemble de ce qu’est une émotion, de son utilité, de comment on peut l’exprimer, comment faire pour les reconnaître ? Que faire quand cela déborde ? Chaque participants peut me décrire comment il ou elle se sent lorsqu’il ou elle est en colère, triste, content, ou lorsqu’il ou elle a peur… Puis on fait le tour des techniques de gestions des émotions qu’ils utilisent déjà, c’est à ce moment-là où les patients s’aperçoivent qu’ils ont des ressources en eux et qu’ils œuvrent déjà pour gérer leurs émotions. Je partage avec eux ensuite une petite listes d’idées d’activités ou de choses qu’ils peuvent faire lorsque cela déborde et que cela devient trop difficile.

Groupe psychoéducation

Le groupe de psychoéducation dépend beaucoup du groupe de patients que j’ai. Je le fais essentiellement sur l’anxiété et les crises de panique. Car c’est quelque chose en général qui touche pas mal de mes patients. Je leur explique comment l’anxiété se manifeste à la fois dans le corps et au niveau des cognitions, je leur demande demande de me donner des exemples qui les concernent pour qu’il y ait quelques échanges. Durant ce groupe, c’est moi qui prend davantage la parole, mais on peut aussi fonctionner sous forme de débat. De plus, l’interne fait le groupe avec moi, il ou elle peut répondre aux questions davantage médicales directement aux patients.

Groupe cartes à thème

Des petites cartes cartonnées ou plastifiées avec un thème dessus. Rien ne plus simple. Dans l’unité, elles existaient déjà, je les reprise et en ai ajouté quelques-unes. Les règles du jeu sont simples : Chacun pioche une carte, si le thème ne les inspire pas du tout, ils ont la possibilité d’utiliser leur unique joker pour piocher une autre carte. C’est une façon ludique de parler de sujets variés comme : la maladie, les scarifications, le temps, les ressources, la musique, les besoins, les manques, les émotions, la famille, l’amour, l’amitié… Ce qui est plutôt chouette, c’est que chaque patient va participer et s’il est en difficultés les autres ou moi-même pouvons l’aider et développer une réflexion autour du thème qui est abordé.

Groupe musique

C’est un groupe auquel j’assistais lorsque j’étais stagiaire de Master 2 en pédopsychiatrie. J’ai voulu l’essayer avec les patients de l’UPAJ et ils ont bien accroché. Il s’agit de leur faire choisir une chanson en français (pour que tout le monde puisse comprendre les paroles). J’imprime les paroles, leur distribue à chacun puis nous écoutons la chanson tous ensemble. Nous faisons attention aux paroles et s’ils le souhaitent ils peuvent souligner/surligner les mots ou phrases qui les interpellent, qui leur parle. Après l’écoute de la musique, je leur demande ce qu’ils ont aimé, de quoi cela parle et les passages qu’ils ont préférés. Si jamais cela bloque, l’interne et moi soulignons également quelques passages pour relancer les échanges au besoin. Naturellement, des thèmes vont émerger de la chanson et nous échangeons tous ensemble sur des sujets variés qui peuvent les toucher de prêt ou de loin. Par exemple, récemment nous avons écouté la chanson de Pomme : Anxiété. Nous avons également pu écouter : Kyo, Camille, Vald, Orelsan, Angèle… etc.

Photo-langage

C’est le dernier groupe que j’ai pu faire avant le confinement. J’ai réuni sur l’application Pinterest plusieurs photos que je trouvais intéressantes et je les ai fait imprimer en couleur. Je les ai disposées sur la table dans la salle commune et j’ai laissé les patients les regarder et en choisir un minimum. Si certains prenaient la même, ils pouvaient se la partager. Puis chacun leur tour, les patients ont parlé de la photo qu’ils avaient choisie, pourquoi, qu’est-ce qui leur plaisait (ou pas) dans cette photo, est-ce que ça leur rappelait un souvenir ? Est-ce que cela faisait écho à leur problématique ? La parole est assez libre et je les ai laissés s’exprimer. Ils ont pu exprimer de bons souvenirs à travers quelques photos (ce qui peut induire des émotions positives). Ça été un groupe assez riche et je le referais sans hésiter.

Dixit

J’ai déjà parlé du groupe Dixit dans cet article. Je le fais lorsque nous sommes en petit groupe, par exemple lorsque des patients sont en permissions et que l’on se retrouve entre 4 et 6. Cela peut leur permettre de connaître un nouveau jeu et ainsi de pouvoir également l’utiliser sans soignants, entre eux.

J’aime beaucoup animer des groupes. J’y assiste et co-anime depuis que j’ai mis un pied sur le terrain en stage. J’y ai découvert beaucoup de choses et énormément de façons différentes d’animer. Tout ce que je peux vous dire, c’est que j’anime les groupes avec ma personnalité, en étant moi-même, en me remettant en question lorsque je vois que les patients ont du mal, je leur pose la question. Je peux aussi faire beaucoup d’humour  pour briser la glace lorsque c’est nécessaire. Faire des groupes, c’est aussi une façon pour moi de voir comment les patients fonctionnent avec les autres. Je ne manque pas d’idée pour construire d’autres activités avec les patients, tout ce qu’il me manque, c’est du temps.

Est-ce que vous aimez les groupes  thérapeutiques ? C’est quelque chose que vous envisagez de faire lorsque vous serez diplômés ? Ou que vous faites déjà ?

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s