Pathologies et soins

Le diagnostic en psychologie

Le diagnostic en psychologie est encore une question complexe et partage les professionnels de la santé mentale. Quelles sont les représentations du diagnostic à l’heure actuelle ? Est-ce qu’en tant que psychologue, nous sommes habileté à effectuer un diagnostic ? Quelle est son utilité ? Certains professionnels refusent parfois de poser un diagnostic, pourquoi ? Dans cet article écrit avec votre participation, nous allons essayer de répondre à ces questions.

Les représentations du diagnostic psychologique

Après vous avoir interrogé, ce qui revient le plus souvent, c’est que le diagnostic psy est perçu avant tout comme un soulagement. C’est mettre un mot sur les maux. C’est une explication de ce qui vous arrive, la preuve que tout est bien réel et que vous n’inventez pas ce qui vous arrive. Pour certains d’entre vous, vous parlez même de légitimité ! De se sentir légitime dans sa souffrance, car elle est avérée, on a mis un mot officiel dessus.

C’est le début d’une meilleure compréhension de soi, une porte d’entrée vers l’acceptation.

En effet, le diagnostic dans ma pratique est très utile pour ce dernier point. Je travaille dans une unité qui prend en charge les premiers épisodes psychiatriques. C’est-à-dire que pour la plupart des patients que je suis amenée à rencontrer il y aura une annonce diagnostique (dépression, troubles de la personnalité, schizophrénie, trouble bipolaire…). Une de mes missions, est de faire de la psychoéducation sur le trouble en question afin que le patient comprenne bien ce qui lui arrive, deviennent expert dans son fonctionnement afin d’éviter de possibles rechutes. Le diagnostic peut m’aider également à orienter ma prise en charge en hospitalisation, à utiliser certains outils plutôt que d’autres.

Vous êtes nombreux à m’avoir dit que le fait d’avoir un diagnostic vous aidait à percevoir la voie vers laquelle vous pouviez vous tourner, de vous renseigner par vous-même, de trouver des solutions adaptées.

Pour d’autres, le diagnostic peut être perçu comme une étiquette que l’on peut vous coller. Une case où l’on peut vous enfermer. Que cela devienne une identité, que cela devienne une fatalité et que vous n’y pouvez plus rien. Certains patients ayant conscience de leur diagnostic peuvent voir apparaître des symptômes dépressifs, car ils se rendent compte de tout ce qui peut être associés, notamment la stigmatisation qui est encore extrêmement présente lorsqu’on parle de santé mentale. C’est pourquoi parfois certains professionnel refusent de communiquer un diagnostic, peut-être par crainte d’enfermer leur patient dans une case.

J’aurais tendance à dire que vous n’êtes pas votre diagnostic, votre diagnostic ne vous définit pas en tant que personne. Vous êtes avant tout un être humain, un frère, une sœur, un.e ami.e, un fils, une fille etc… vous avez tant de choses qui vous définissent. C’est pour cela que lorsque je parle d’un patient, je ne dis pas « un bipolaire » ; « un schizophrène » ; « un dépressif » ; mais « quelqu’un qui souffre de … ». Le diagnostic ne doit pas devenir un qualificatif.

Utilité du diagnostic

Vous étiez à peu près tous d’accord pour me dire que le diagnostic était donc utile pour apprendre à mieux se connaître, pour orienter une prise en charge, pour se renseigner soi-même. Le diagnostic permet également de pouvoir faire un dossier MDPH (Maison départementale des personnes handicapées) et ainsi d’avoir une reconnaissance de travailleur handicapé (RQTH) par exemple, ou de percevoir des aides dans votre quotidien. Lorsqu’on est sévèrement atteint d’un trouble psychiatrique et que l’on ne peut pas fonctionner correctement au quotidien, ces aides sont vraiment précieuses.

Auto-diagnostic, quelle valeur ?

Parce que certains professionnels ne veulent pas donner de diagnostics, cela peut pousser certaines personnes à s’auto-diagnostiquer. Quelle est donc la valeur de ce diagnostic ?

Vous avez été nombreux à me dire ce que vous en pensez et la plupart d’entre vous sont mitigés à son sujet. Si je devais résumer ce qu’il en ressort, c’est que c’est une piste à explorer, mais pas tout seul. Certains pensent que c’est un effet de mode, comme peut l’être par exemple le diagnostic d’hypersensibilité, qui peut être parfois discutable, car c’est un concept encore assez flou.

Pour d’autres cela peut être dangereux, car on peut s’enfermer dans un diagnostic qui n’est peut-être pas le nôtre, d’où l’importance pour vous d’être accompagnés dans cette démarche, de faire part de vos hypothèses à votre psychologue ou votre psychiatre.

De plus en plus dans ma clinique auprès des adolescents et des jeunes adultes, je vois des patients arrivés en hospitalisation me dire qu’ils sont HPI (haut potentiel intellectuel) ou hypersensible ou parfois même TSA (troubles du spectre autistique) sans avoir été testé et sans en avoir parlé avant. Cela peut parfois poser problème, notamment compliquer la prise en charge, lorsqu’un patient colle trop à son auto-diagnostic et que cela ne correspond pas. Cela n’empêche pas que c’est une information intéressante à prendre en compte pour l’évaluation diagnostique. Pour ma part, je travaille pas mal avec l’auto-diagnostic.

Par exemple, un patient qui me parle du fait d’être hypersensible, alors que l’on peut retrouver l’hypersensibilité comme étant un symptôme dans plein d’autres troubles psychologiques, nécessitant une prise en charge précise (trouble de la personnalité limite, trouble bipolaire, trouble schizoaffectif, TSA, trouble de stress post traumatique, troubles anxieux, trouble dépressif…). Cela peut venir compliquer l’évaluation diagnostique et ainsi passer à côté d’un traitement adéquat qui peut être déterminant pour le pronostic (médicamenteux ou non).

D’un côté, le patient est la personne qui connait le mieux son fonctionnement et de l’autre cela peut être difficile d’avoir suffisamment de recul pour s’auto-diagnostiquer. Faire intervenir une personne extérieure peut donc être intéressant et nous pourrions ainsi voir l’auto-diagnostic comme quelque chose qui peut se travailler à deux, une enquête à mener en binôme.

Sa valeur est donc à déterminer. Un auto-diagnostic n’est pas forcément faux. Certains d’entre vous sont tombés juste et ont initiés le parcours de soin grâce à cela. Un auto-diagnostic peut être également une raison pour aller consulter, d’entamer une démarche de soin et en cela, cela peut être très bénéfique.

Le psychologue est-il habileté à poser un diagnostic psychologique ?

Je vous avais également demandé si d’après vous, le psychologue pouvait être habileté à poser un diagnostic. Vous avez été nombreux à me répondre que le psychologue possède les compétences nécessaires pour effectuer un diagnostic, mais que cela est réservé aux psychiatres. C’est vrai. Le diagnostic est un acte médical.

Un psychologue ayant un parcours en psychopathologie et psychologie clinique a eu des enseignements en sémiologie, des partiels, des études de cas qui lui donnent les compétences nécessaires pour effectuer un diagnostic. Cependant, en France pour le moment c’est un exercice qui est exclusivement réservé aux médecins.

C’est une question intéressante et qui fait débat même dans les autres pays comme au Canada. Le psychologue est celui qui fait passer les échelles diagnostiques, les échelles psychométriques évaluant les symptômes où de manière plus générale : les éléments constitutifs d’un diagnostic, MAIS ne peut cependant pas le dire ni l’annoncer. Il ne peut faire que des hypothèses, des liens.

N’hésitez pas à me dire en commentaire ce que vous pensez de tout ce qui a été abordé ici. Je vous conseille d’ailleurs d’aller regarder l’excellente vidéo de PsykoCouac sur la question du diagnostic en psychologie !

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2 réflexions au sujet de “Le diagnostic en psychologie”

  1. Bonjour,
    On ne le dira jamais assez ; nous ne sommes pas « une maladie » .. et il n’y a pas que le diagnostique psychiatrique qui gêne… ayant eu besoin d’une dermatologue…. quand j’étais enceinte, j’avais peur de prendre des médicaments …. et elle avait des élèves qui prenaient des notes ; et elle leurs signalent ;  » vous avez devant vous une névrosée d’angoisse »….
    quel choc….j’ai eu…1) c’est humiliant 2) je ne suis pas mon symptome … inutile de dire que je ne l’ai plus revue .
    pour vous dire , qu’il faut absolument continuer à en parler , et pour tous les domaines médicaux…(c’était un médecin de l’hopital…)

    Aimé par 1 personne

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