Mon quotidien

Anna* m’a appris que la durée des entretiens n’était pas standardisée

Je tente ici une nouvelle catégorie d’articles afin de partager aux étudiants et toute personne intéressée, l’apprentissage que l’on fait grâce à nos patients durant notre carrière. Les prénoms, le genre et certains éléments de l’histoire de mes patients sont modifiés afin de garantir un maximum de confidentialité.  

Ici c’est une situation qui est arrivée peu de temps après ma première prise de poste. Lorsqu’on commence à travailler en tant que jeune psychologue, on a tout un tas de croyances qui peuvent nous venir de ce que l’on a entendu à l’université. Par exemple, une des miennes était : je dois faire un entretien de 45 minutes minimum sinon ça ne vaut rien.

Anna était connue du service. C’était la 3e fois qu’elle était hospitalisée pour fléchissement thymique lorsque je suis arrivée dans l’unité. Anna a une histoire de vie très compliquée avec des évènements traumatiques. Créer une alliance thérapeutique avec cette patiente était mon premier objectif et dès le premier entretien, je me suis heurtée à une difficulté. Au bout de 10min d’entretien Anna se tait et ne dit plus rien, malgré mes tentatives d’entrer en contact avec elle. Je sors de la chambre en me disant que j’ai mal fait, que 10 min d’entretien ce n’est vraiment pas terrible. De plus, en intra hospitalier, nous sommes soumis à un certain rythme en termes de prise en charge, car les patients restent 1 mois en moyenne.

La semaine suivante, je refais une tentative. On communique plutôt bien Anna et moi et pouf ! De nouveau elle s’arrête de parler au bout de 15 min. Je lui demande donc ce qui se passe et si j’ai fait ou dit quelque chose qui a pu la déranger. Silence radio.

Pendant toute la durée de son hospitalisation, la durée des entretiens avec Anna s’est allongée petit à petit. 10,15-25 minutes jusqu’aux fameuses 45min voire 1h en fin d’hospitalisation. Anna avait besoin que l’on prenne du temps, que je m’adapte à son rythme. Cela avait toujours été difficile de discuter avec des psychologues m’a-t-elle dit en fin d’hospitalisation. Mon expérience avec Anna m’a appris que non seulement mes entretiens de 10 min n’étaient pas quelque chose de mal et ne faisait pas de moi une mauvaise psychologue ; mais elle m’a surtout appris à respecter son rythme dans la prise en charge.

La durée des entretiens n’a pas de normes. Il faut surtout s’adapter au patient et ce n’est pas parce que vos entretiens sont plus courts que la moyenne que cela veut dire que vous avez mal fait. Plusieurs raisons peuvent expliquer des entretiens courts : la fatigabilité du patient, les idées délirantes, la difficulté à verbaliser etc… On ne peut standardiser la durée des entretiens.

En tant que professionnel.les, avez-vous vécu une expérience similaire ?

6 réflexions au sujet de “Anna* m’a appris que la durée des entretiens n’était pas standardisée”

  1. C’est pareil pour moi en tant qu’enseignante : certains élèves ont marqué ma carrière, parce qu’ils m’ont touchée, déstabilisée, interrogée, émue… et m’ont fait évoluer dans mes pratiques pédagogiques.
    C’est beau de parler de ces partages, de ces échanges qui nous ont enrichies 🔆

    Aimé par 1 personne

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