Mon quotidien

Quentin* m’a appris que certains silences étaient nécessaires

Parmi les peurs infondées que j’avais lorsque j’ai commencé à travailler, il y a celle des silences. Les silences me mettaient mal à l’aise, j’en laissais raisonnablement pour laisser le temps aux patients de parler évidemment, mais lorsque ça durait trop longtemps, je me disais que je ne faisais pas bien mon travail. J’avais l’impression que laisser trop de silence était également angoissant pour le patient. Je me suis alors lancée dans une sorte de gymnastique afin de trouver un juste milieu entre les silences faisant partie du travail et les « blanc ».

Lorsqu’on est jeune psychologue, on peut facilement tomber dans le piège d’être trop actif dans la prise en charge, de vouloir proposer plein de choses sans laisser le temps au patient. Sans cela, on peut avoir l’impression de ne pas être utile, de ne pas aider. Bien au contraire…

Quentin* m’a fait réaliser que certains silences étaient nécessaires. Quentin est un patient que je connais depuis que je suis arrivée sur mon lieu de travail qui souffrent de TOC très sévères. Depuis que je l’ai rencontré, il a beaucoup évolué et certaines de ses manifestations anxieuses ont largement diminuées. Cependant, lors de sa dernière hospitalisation, Quentin cessait de parler durant les entretiens. D’un seul coup, il se coupait littéralement et ne disait plus rien. Parfois c’était dès le premier contact « comment vous sentez-vous aujourd’hui ? », il ne se passait plus rien, je n’avais plus accès à lui. Alors que cela avait toujours été le cas lors de ses précédentes hospitalisations.

Je me sentais très impuissante ainsi que l’équipe, car nous n’avions aucun moyen de savoir comment il allait et comment il évoluait. De plus, je voyais bien que Quentin luttait littéralement pour parler mais qu’il n’y parvenait pas, il était comme coincé. Le comportement non-verbal ici devient alors très important. J’ai donc laissé de plus en plus de temps à Quentin entre mes questions/interventions pour qu’il puisse s’exprimer, tout en lui disant de prendre son temps. C’était bénéfique pour nous deux : Lui avait plus de temps et moi je me familiarisais avec les silences sans en avoir peur. Aujourd’hui ce n’est pas parfait et c’est encore assez fluctuant, mais en lui laissant des temps plus long, Quentin finit par réussir à construire ce qu’il veut me dire.

Quentin m’a appris que certains silences étaient précieux. Grâce à lui, je n’ai plus peur de laisser du temps et des silences plus ou moins longs durant les séances.

N’ayez pas peur des silences, dans certains cas ils peuvent être vos alliés : ils peuvent vous laisser le temps de réfléchir à ce que vous souhaitez creuser et surtout laisser du temps au patient.

Et vous ? Est-ce-que les blancs ou les silences sont des choses que vous appréhendez également ?

4 réflexions au sujet de “Quentin* m’a appris que certains silences étaient nécessaires”

  1. C’est toujours très paradoxal les silences. Il y a ceux qui mettent vraiment à l’aise, du style n’avoir rien à se dire parce qu’on a vraiment du mal avec la personne, ou parce qu’on se méfie qu’elle pourrait retourner nos moindres mots contre nous (et on se tait donc). Personnellement, le silence ne me gêne pas tant qu’il est naturel (on ne peut pas avoir envie de parler / quelque chose à dire tout le temps), et on a effectivement besoin de temps pour trouver les bons mots, arriver à passer la barrière du blocage. Par contre, je peine à comprendre les gens qui brisent forcément le silence parce que sinon c’est de « l’ennui » (je m’ennuie avec toi, tu n’es pas divertissant vu qu’on ne parle pas)… le silence a sa beauté aussi, son temps de paix pour se recentrer et regarder l’autre.
    Et je conçois que quand on est psychologue, l’équilibre doit être difficile à trouver, que ces silences soient aussi très déstabilisants.

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