Pathologies et soins

Le trouble de la personnalité antisociale

C’est sans doute un des troubles de personnalité qui fait le plus fantasmer, mais en dehors de ce que véhicule les médias, les films, que reste -t-il de vrai dans ce fonctionnement ? Comment les personnes souffrant de troubles de la personnalité antisociale sont dans la vie de tous les jours ?

Pour rappel, nous parlons de « trouble de personnalité » lorsque celle-ci entraîne des réponses inadaptées à des situations, qu’elle engendre des difficultés dans les interactions sociales de l’individu et enfin lorsqu’elle génère de la souffrance.

Pour ce qui est de la personne ayant une personnalité antisociale ce qui va être manifeste, c’est son indifférence, voire son refus des normes sociales et des codes culturels. C’est très différent par exemple, de quelqu’un qui aurait des difficultés en cognition sociale. La personne souffrant de trouble de personnalité antisociale refuse consciemment de se soumettre aux règles implicites qui régissent nos comportements : « ce qui se fait, ce qui ne se fait pas ». Ce sont des personnes qui pensent pouvoir faire ce qu’elles veulent, quand elles veulent, même si c’est illégal : d’où la répétition de comportements qui peuvent amener à une arrestation. « J’aime bien quand la société va mal ».

Elles ne souhaitent pas se soumettre à un cadre quel qu’il soit. Par exemple, ce sont des personnes qui peuvent avoir du mal à garder un emploi stable. L’intolérance à la frustration ainsi que les rapports hiérarchiques sont des choses qu’il ne peuvent pas toujours supporter.

L’autre grand critère diagnostic de ce fonctionnement pathologique est la capacité limitée de la personne à ressentir des émotions et à deviner celles des autres. Ce qui engendre ce fameux manque d’empathie qui caractérise la personnalité antisociale. Après avoir blessé, maltraité ou volé quelqu’un, les personnes souffrant de trouble de personnalité antisociale n’ont aucun remords et restent indifférents. Au contraire, ils prennent plaisir à tromper ou induire en erreur les autres. Les émotions fortes telles que l’amour ou la haine, peuvent les effrayer, car elles sont considérées comme des faiblesses.

Ce sont des personnes qui sont très impulsives, qui peuvent être irritables et agressives. Il y a souvent un passif de bagarres et d’agressions chez ces personnes. C’est d’ailleurs une des questions que nous posons lors d’une évaluation de la personnalité. Ils peuvent vous menacer l’air de rien en disant parfois après coup que c’était une blague afin de tester votre réaction. « Si je vous casse les doigts là maintenant, qu’est ce qu’il se passerait ?».

Il y a un mépris pour sa propre sécurité et celle d’autrui. Ils peuvent donc se mettre en danger et mettre en danger la vie des autres juste pour rire.

Les causes 

Comme dans tout troubles psychologiques, nous pouvons nous inspirer du modèle bio-psycho-social. Selon certaines études, la maltraitance ou l’exposition à la violence, peuvent être des facteurs précipitants. Ces facteurs de risque sont responsables de la création et du maintien d’un système familial instable avec très peu de cadre, ce qui pourrait empêcher l’enfant de se développer dans un environnement stable où les règles de vie sont clairement énoncées.

Prise en charge

Sans surprise, ce sont des personnes qui vont rarement consulter, car ils ne pensent pas avoir besoin d’une aide ou d’un traitement. Ce sont des personnes qui décident du cadre même en psychothérapie et qui peuvent être très manipulatrices avec leur thérapeute.

Après une prescription d’exercices par exemple, un.e patient.e m’avait répondu « ça prend deux secondes, nous le ferons la prochaine fois en séance ». Ce qui ne correspondait pas au cadre de la thérapie qui lui avait été annoncé au début de sa prise en charge.

Ce qui peut les amener en consultations sont surtout des injonctions de soins, mais parfois aussi leurs comorbidités comme d’autres troubles psychologiques ou des addictions aux substances.

Les interventions à préconiser si vous êtes amenés à être en contact d’une personne ayant un trouble de personnalité antisocial  (cette liste n’est pas exhaustive) :

  • Intervenir en mettant un cadre et maintenir la cohérence de ce cadre
  • Etablir des limites claires et les faire respecter (en étant ferme et affirmé, pas agressif)
  • Mettre en avant des voies alternatives aux passages à l’acte
  • S’adresser à la personne sur un mode rationnel (faire appel aux cognitions et non aux émotions du moins au début de la prise en charge)
  • Travail autour des biais cognitifs et faire de la restructuration cognitive autour des intérêts de la personne.

Les interventions à proscrire absolument avec ce type de fonctionnement :

  • Aborder la personne via une proximité relationnelle
  • Aborder la personne par la voie des émotions ou de traumatismes passés
  • Adopter une position haute et dominante par rapport à la personne

Les verbatims de cet article sont directement issus de ma pratique clinique sur une durée de 4 ans où j’ai pu rencontrer plusieurs patients souffrant de ce trouble de personnalité.

N’hésitez pas à réagir et à me donner vos impressions ! Vous connaissiez ce trouble en dehors de ce que véhicule les médias ?

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