Pathologies et soins

Le trouble de la personnalité Borderline

Le trouble de la personnalité borderline a plusieurs appellations, il est aussi appelé trouble de la personnalité limite (TPL), ou encore état limite en psychanalyse. Souvent confondu avec le trouble bipolaire, le trouble de la personnalité borderline ou fonctionnement limite se caractérise principalement par une très grande instabilité de l’humeur et des difficultés dans les relations interpersonnelles. Toutes les émotions sont explosives,  la personne souffrant de ce trouble aura du mal à les gérer, car elle va les ressentir de manière plus intense. Il y a une métaphore de Marsha Linehan (experte dans la prise en charge de ce trouble et qui en souffre elle-même) qui me parle beaucoup lorsqu’on aborde cette problématique : « Comme des grands brûlés dont la peau serait toujours à vif » ; c’est comme cela que les personnes qui souffrent de TPL vont vivre leurs émotions au quotidien.

J’ai également entendu une parfaite définition du trouble, lors d’un Webinaire sur la prise en charge des personnes souffrant de TPL. Une définition que tout le monde devrait avoir en tête, car bien souvent, les personnes souffrant de TPL sont assez stigmatisées.

« C’est une difficulté chronique, sévère et envahissante de la régulation émotionnelle.  C’est le résultat d’une interaction de deux éléments :

  • Une vulnérabilité biologique aux émotions
  • Un environnement invalidant qui ne permet pas d’apprendre comment gérer ces émotions. »

En France, on estime à 2.5% le taux de personnes souffrant de troubles de la personnalité borderline. Parmi ceux-ci 15% seulement viennent consulter pour une psychothérapie et 65% sont hospitalisés dans un contexte d’automutilations graves ou de tentatives de suicides. (Source : AFORPEL).

Les symptômes

Comme nous l’avons vu, dans le TPL les émotions sont très intenses, la personne va chercher, à l’aide de plusieurs moyens, à les étouffer pour ne pas les ressentir. Car les ressentir, le plus souvent, est synonyme de débordement et envahissement de ses propres émotions. Alors la personne qui souffre de TPL peut être amenée à avoir ce qu’on appelle des conduites à risques comme la prise de toxiques ou d’alcool qui aura comme fonction d’effacer ces émotions désagréables.

Ce qui nous amène au sentiment chronique de vide que peuvent également ressentir les personnes qui souffrent de TPL. Un vide qui peut être tout aussi insupportable que l’envahissement des émotions. On note également une impulsivité marquée dans les comportements qui peuvent être dommageables pour la personne : dépenses, sexualité non protégée, crise de boulimie, toxicomanie, conduites dangereuses… Dans ce trouble la personne peut être tiraillée entre l’idée de ressentir ce vide et à la fois de le combler car il est insupportable.

L’une des principales difficultés de la personne qui souffre de TPL concerne les relations interpersonnelles. Les relations sont soient vécues de manière intenses et fusionnelles ; soient vécues comme intrusives et étouffantes. L’autre peut être à la fois idéalisé et puis dans un second temps dévalorisé complètement. Pour illustrer cette composante du trouble ; il y a l’exemple du personnage d’Anakin Skywalker dans Star Wars. Il y a des scènes où nous pouvons voir Anakin idéaliser son mentor Obi-wan, le considérer comme un frère puis dans un second temps le haïr et le dévaloriser à plusieurs reprises. Il y a également un sentiment d’abandon réel ou bien imaginé. La personne qui souffre de TPL peut avoir vécu durant l’enfance et l’adolescence des situations d’abandons répétés qui peuvent perdurer à l’âge adulte. Mais peut tout à fait ressentir l’abandon dans une relation amicale ou amoureuse si le partenaire n’est pas assez présent par exemple. Dans ces cas-là, la personne souffrant de TPL va fournir des efforts effrénés pour éviter ces situations.

La personne qui souffre de TPL peut avoir ce qu’on appelle un fonctionnement en « tout ou rien » dans plusieurs situations. C’est un biais cognitif qui ne permet pas de nuance intermédiaire dans le raisonnement. Par exemple une personne va être soit mauvaise soit bonne. Ce qui peut largement contribué aux difficultés dans les relations avec autrui.

La personne qui souffre de TPL à une image de soi assez instable. Elle ne sait plus qui elle est, si elle doit s’aimer ou se détester. Les limites de sa personnalité sont poreuses, c’est-à-dire très fines ; la limite entre le dedans et le dehors n’est pas si évidente.  Comme une éponge, la personne souffrant de trouble borderline peut aspirer tout ce qui peut être intense  à l’extérieur.

Parfois la personne souffrant de TPL peut se créer un personnage afin de défendre son vrai « moi ». C’est ce que Winnicott a appelé le « faux self ». C’est un « faux-soi » que l’on présenterait au monde, un faux-soi avec les côtés de notre personnalité que l’on juge acceptable. C’est un mécanisme de défense que peut utiliser inconsciemment la personne souffrant de TPL, pour protéger son moi fragile. Si le faux-self ne parvient plus à donner le change auprès des relations interpersonnelles, vient la crainte de l’effondrement. Le faux-self n’est pas pathologique, il sert à maintenir le lien social. Là où cela devient pathologique c’est lorsque le faux-soi se sur-développe par rapport au vrai soi.

Enfin, du fait de ses difficultés à réguler ses émotions, la personne souffrant de TPL à très souvent des comportements automutilatoires à répétition. N’arrivant pas à réguler les émotions lors d’événements stressant, la personne va user de stratégies auto-agressives pour faire baisser la tension émotionnelle. Ce n’est que de courte durée et la tension n’est pas suffisamment revenue à la normal pour appréhender un autre événement stressant. C’est comme cela, bien souvent que les personnes ayant un TPL tombent dans l’engrenage de se faire du mal. Les tentatives de suicide sont très nombreuses également. Environ 10% de personnes souffrant de TPL décèdent par suicide. (Source : Association Américaine de Psychiatrie).

Il peut y avoir également des symptômes psychotiques qui sont transitoires et qui peuvent survenir à des moments particulièrement difficiles dans la vie des patients.

Prise en charge

Comme pour tous les troubles, le trouble de la personnalité Borderline peut être pris en charge à la fois sur le plan pharmacologique avec des antidépresseurs, thymorégulateur ou dans certains cas neuroleptiques ; et sur le plan psychothérapeutique.

Pour ce qui est de la psychothérapie, en fonction des préférences de la personne concernée il y a différentes approches possibles comme les TCC, l’approche psychanalytique… Mais il y en a une qui est recommandé et spécialement adaptée pour ce trouble c’est la thérapie comportementale dialectique (TCD) crée par Marsha Linehan qui souffre elle-même de TPL. Cette psychothérapie est plutôt axée sur la régulation émotionnelle afin d’apprendre à tolérer la détresse ressentie, avec des exercices ciblés, l’acceptation et de la relaxation. En somme, cela reprend la thérapie comportementale et cognitive classique avec en plus des principes issus de la pleine conscience.

Il existe des associations sur le trouble de la personnalité Borderline notamment AFORPEL (Association pour la formation et la promotion de l’état limite) et AAPEL (Association d’aide aux personnes avec un état limite) ainsi que l’UNAFAM de manière plus globale en ce qui concerne les proches de personnes souffrant de troubles psychiques.

Ce trouble de la personnalité est assez complexe et ressemble également beaucoup au processus adolescent qui lui est tout à fait normal. D’ailleurs aucun médecin ne diagnostiquera un trouble de la personnalité avant l’âge de 18 ans. Pour qu’il y ait un trouble de la personnalité il faut que la personnalité soit construite dans son ensemble et c’est justement ce qui est à l’œuvre à l’adolescence.

J’espère vous avoir un peu plus éclairé sur ce trouble. Si j’ai omis des choses n’hésitez pas à compléter en commentaire. Si vous avez des questions également, je serais ravie d’y répondre.

Références :

  • Traitement cognitivo-comportemental du trouble de la personnalité – Marsha linehan
  • Manuel d’entraînement aux compétences TCD – Marsha Linehan
  • Les borderlines de Bernard Granger et Daria Karaklic
  • Traitement du trouble de la personnalité borderline: Thérapie cognitive émotionnelle – Firouzeh Mehran
  • Les états-limites – Vincent Estellon (lecture psychanalytique)
  • Comment gérer les personnalités difficiles ? – Christophe André (Chapitre sur la personnalité borderline)
  • Thérapie des schémas et personnalité borderline – Arnoud Arntz et Hannie Van Genderen
  • Comprendre et soigner les états-limites – Didier Bourgeois
  • Manuel du borderline – Bernadette Grosjean et Martin Desseilles
  • Mieux vivre avec un trouble borderline – Catherine Musa (manuel auto-aide)
  • Borderline, retrouvez son équilibre – Dominique Page (Manuel auto-aide)
  • Vivre mieux avec ses émotions – Martin Desseilles et Mme Moïra Mikolajczak

En ce qui concerne le personnage d’Anakin Skywalker

9 réflexions au sujet de “Le trouble de la personnalité Borderline”

  1. « Il peut y avoir également des symptômes psychotiques qui sont transitoires et qui peuvent survenir à des moments particulièrement difficiles dans la vie des patients.  »
    Par exemple?
    Merci beaucoup

    Aimé par 1 personne

    1. Bonjour !
      Cela peut être au niveau identitaire par exemple. Cela peut être aussi des idées a propos de soi, des autres et du monde qui nous entoure qui sont presque « délirantes » , des idées dites « paranoïaques ». Et d’un point de vue analytique c’est aussi des angoisses de morcellement, d’effondrement. Certains patients qui souffrent de trouble borderline m’ont déjà dit par exemple voir des choses ou entendre des choses à un moment très aigu de leur trouble. A ne pas oublié que c’est transitoire et que ce n’est pas présent chez tous le monde. ☺️

      J’aime

      1. Oui en effet ! après pour la dissociation elle peut être de différentes nature : psychotique, anxieuse ou traumatique ! On peut tout à fait retrouver ces trois natures dans le trouble de personnalité borderline.

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  2. Merci pour cette synthèse.
    Il semble qu’il y ait beaucoup de différences entre ces personnes. Je crois qu’elles peuvent donner parfaitement le change mais pas pour les intimes qui peuvent souffrir profondément de cette relation. C’est mon cas et l’aide provisoire d’un psychiatre n’a rien donné concernant ma compagne, il semble que les caractéristiques de ce comportement si étrange parfois ne soient pas vraiment connues des professionnels.
    Elle est partie depuis un an..et c’est très compliqué.

    Aimé par 1 personne

    1. Je vous remercie pour votre confiance et ainsi le livrer votre témoignage.. Effectivement, même si le trouble en lui même est connu, il est souvent très mal maîtrisé voire stigmatisé par certains professionnels.

      Je vais prochainement faire un retour sur un ouvrage a destination des proches, j’espère qu’il pourra être une ressource sur laquelle s’appuyer.

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