Pathologies et soins

Les profils UHR (ultra haut risque de transition psychotique)

Depuis quelque temps, nous parlons davantage de prise en charge précoce lors d’un premier épisode psychotique (PEP). Nous pouvons même détecter ce que l’on appelle les patients à haut risque de transition psychotique. C’est-à-dire que ce sont des patients qui présentent des symptômes à bas bruits, subtiles et pas suffisamment francs pour que l’on puisse acter d’un épisode psychotique. Ces symptômes sont potentiellement annonciateurs d’une transition psychotique pour certains voire d’un trouble schizophrénique pour d’autres. Sont inclus également dans ce cadre, les patients présentant des symptômes prodromiques (signes avant-coureur d’une crise plus aiguë, début des troubles).

Comme nous avions pu déjà le voir dans l’article sur la schizophrénie, le début des troubles peut être très discrets et insidieux (rappelons-le, les symptômes négatifs peuvent être très similaires aux symptômes de la dépression.) et les proches ainsi que des professionnels qui ne sont pas familiers avec la sémiologie psychotique, peuvent passer à côté d’un profil à haut risque de transition.

Ce dépistage nous permet de mettre en place une prise en charge précoce et préventive avant que la situation ne se complique, notamment avec un isolement, un décrochage scolaire ou des conduites à risque pour soi-même (addictives, suicidaires). L’idée principale de ce dépistage est de raccourcir ce que l’on appelle « la durée de psychose non traitée ».

Les études montrent que plus la durée de psychose non traitée est longue moins bon est le pronostic de la symptomatologie (en particulier les symptômes négatifs), les traitements auront une action plus lente et moins complète. En somme, une durée de psychose non traitée, peut favoriser chez ces patients, une moins bonne qualité de vie. C’est pourquoi il est important de se pencher sur le dépistage précoce de ces profils.

Quels outils utilisés ?

Il existe plusieurs échelles de dépistage, notamment la CAARMS (Comprehensive Assessment of At-Risk Mental State) qui est un entretien structuré qui va explorer la sémiologie psychotique et la psychopathologie générale. Chaque dimension contient des sous-échelles à explorer. Afin de savoir si une personne remplie les critères d’un état mental à risque de transition psychotique seule une catégorie spécifique et ses sous-échelles sont utilisées. C’est un entretien qui peut prendre plusieurs heures, car tout est décortiqué et requestionné. C’est une passation qui demande une formation particulière, il faut noter un maximum de choses et avoir des très bonnes connaissances sur les symptômes du spectre de la schizophrénie. Je me suis personnellement formée grâce à une Master Class sur le sujet à l’hôpital Sainte Anne à Paris. Vous pouvez également y être formé dans le cadre du DU de Détection et interventions précoces des pathologies psychiatriques émergentes du jeune adulte et de l’adolescent (DIPPEJAAD).

Travaillant dans une unité prenant en charge les premiers épisodes psychiatriques, dès que nous avons un doute pour un patient, je suis sollicitée pour lui faire passer la CAARMS. Ainsi, nous pouvons mettre en place une prise en charge spécifique si celle-ci s’avère révélatrice d’un profil UHR.

Prise en charge d’une psychose débutante

Les thérapies comportementales et cognitives (TCC) peuvent avoir un impact sur les symptômes actuels du patient qui l’amènent vers les soins au départ : anxiété, dépression, symptômes psychotiques atténués…). Il existe des groupes qui nous viennent de Suisse pour travailler sur les émotions positives par exemple (rappelons que certains patients peuvent se sentir émoussés au niveau de leurs émotions). Nous pouvons également travailler sur les habiletés sociales si c’est nécessaire, en groupe.

L’approche motivationnelle peut être également très pertinente pour ces profils notamment sur la prise de toxiques pour certains, ou pour reconnaître la gravité d’une situation pour laquelle ils peuvent avoir des difficultés. Enfin, nous pouvons également utiliser l’entretien motivationnel sur les comportements qui peuvent être déterminants dans le pronostic du patient.

La remédiation cognitive est également indiquée en groupe ou en individuel pour travailler les fonctions cognitives mise à mal par les symptômes atténués (mémoire, planification, cognition sociale, attention…).

L’éducation thérapeutique du patient (ETP) pour que les patients apprennent à mieux connaître leurs symptômes, leur fonctionnement afin de s’autonomiser et surtout de voir qu’ils ne sont pas seuls.

Les interventions familiales comme les groupes d’ETP pour les proches (Profamille, par exemple).

Tous les CMP ou Hôpitaux de jours ne proposent pas forcément ces prises en charges, n’hésitez pas à les contacter, certains groupes ne sont pas sectorisés.

Vous connaissiez ces profils ? Saviez-vous que nous pouvions dépister les jeunes patients de façon plus précoce ?

Références :

  • Lecardeur, L. (2019). Troubles psychotiques : protocoles d’intervention précoce: Le guide du clinicien. France: Elsevier Health Sciences.
  • Krebs, M. (2015). Signes précoces de schizophrénie. France: Dunod.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s