Pathologies et soins

La schizophrénie

La schizophrénie est un trouble psychiatrique qui se manifeste principalement par une perte du sens de la réalité. Il y a une dissociation entre ce qui est réel et ce qui ne l’est pas ; le patient ne peut plus savoir ce qui relève de la réalité et ce qui relève de son délire. On parle dorénavant de spectre de la schizophrénie, car il n’y a pas une schizophrénie mais plusieurs et aucune d’elles ne se ressemblent. Chaque patient est différent. Elle se déclare le plus souvent entre 15 et 25 ans. Cette maladie touche environ 23 millions de personnes dans le monde (Source : OMS, 2018).

Cependant nous avons tout de même réussi  à isoler les symptômes principaux qui se divisent en deux parties :

Les symptômes « positifs »   :

  • Les idées délirantes (Idées mégalomaniaques, idées de persécution, de jalousie, mystiques…) par exemple chez certains patients il y aura une peur que le voisin vienne leur faire du mal, que la collègue qui le regarde le surveille… J’ai vu beaucoup de patients qui disaient connaître Obama et qui avaient fait élire Macron par télépathie, persuadé d’avoir des super-pouvoirs, champion de karaté, persuadé qu’un de leur ami est un imposteur. Les idées délirantes plonge le patient dans une réalité altérée, certains seront convaincus de leurs idées, d’autres émettrons des doutes sur la véracité de leurs pensées, cela peut générer de fortes angoisses. Parfois même les patients sont persuadés que la télé ou la radio leur parle et leur envoie un message qui leur est exclusivement destiné (c’est ce qu’on appelle les idées de référence).  En se promenant dans la rue, un patient qui souffre de schizophrénie avec des idées délirantes peut interpréter comme un message lui étant destiné tout ce qui fait partie de son environnement.  Le patient peut également avoir l’impression d’être sous l’influence d’une force extérieure qui le pousse à faire et à penser certaines choses. Que l’on peut lire dans ses pensées, lui voler ou lui en imposer. Il peut croire que quelque chose se passe dans son corps, qu’il a changé de forme (Dysmorphophobie) ou qu’il y a quelque chose à l’intérieur qui le ronge. Dans certains cas, il peut avoir l’impression d’être mort et que ses organes sont en train de pourrir (Syndrome de Cotard). Toutes ces idées peuvent être à bas bruit ou au contraire très envahissantes.
  •  Il y a les hallucinations de tout type (acoustico-verbales, visuelles, olfactives, cénesthésiques…). Les voix que les patients entendent ne sont pas agréables, le plus souvent ce sont des injonctions, les voix vont leur donner des ordres, leur imposer de se faire du mal, commenter tout ce qu’ils font, les dévaloriser massivement de sorte que le patient angoisse et s’isole. La plupart du temps ce sont leurs propres pensées qu’ils entendent. Ils peuvent parfois leur répondre en soliloquant, une de mes patientes chuchotait seule à certains moments et parfois durant nos entretiens. Ils peuvent voir leur environnement déformé ou voir des choses que les autres ne voient pas, certains de mes patients pouvaient voir des ombres massives très angoissantes. Ils peuvent penser que quelque chose les touches ou les frôle (hallucinations cénesthésiques). Certains patients sentent des odeurs également qui ne sont pas vraiment présentes, le plus souvent ce sont des odeurs désagréables, mais une de mes patientes sentait une spécialité culinaire de son pays ce n’était pas désagréable pour elle.
  • Les troubles de la pensée et du langage : Le patient n’arrive plus à organiser son discours, il devient incohérent, illogique, il peut y avoir des néologismes. Il arrive aussi que le patient ne parvienne plus à interpréter correctement des mots pourtant courants ou qu’il les utilise dans un contexte qui n’est pas approprié. Il n’y a plus de liens dans son discours qui est décousu. Un de mes patients utilisait « les études » dans pratiquement toutes ses phrases qui n’avaient plus aucun sens. Il peut y avoir des associations par assonance, je n’en ai eu qu’un exemple jusqu’à maintenant « Jésus, je suis ». Par exemple : « rive, rêve, fièvre, chèvre » (Source : Le goût amer de l’abîme – Neal Shusterman).
  • L’agitation et les troubles psychomoteurs : Cela peut être des gestes impulsifs, des mouvements répétés (se balancer, se gratter compulsivement), des grimaces (mâchoires serrées, paupières fermées), des sourires ou des rires paradoxaux sans rapport avec la situation. Les personnes souffrant de schizophrénie peuvent être en constant déplacement, toujours actifs ou au contraire rester assis, rigides, silencieux et immobiles pendant des heures. Les personnes souffrant de schizophrénie dans certains cas peuvent devenir agressives, mais cela représente une minorité des patients, le plus souvent ils sont auto-agressifs. 1 patient sur 2 fera une tentative de suicide, 10% en décèdent. (Source : Inserm, 2018).

Les symptômes « négatifs »

  • Le retrait social : le patient a  tendance  à se replier sur lui-même et à se protéger des conflits liés à une mauvaise communication en s’isolant. Il peut y avoir une profonde indifférence et absence totale d’intérêt pour le monde extérieur et pour autrui. Le traitement de l’information est altéré dans la schizophrénie et le patient peut avoir du mal à comprendre et à interpréter les intentions des autres et leurs émotions. Il y a donc une difficulté globale à communiquer avec les autres.
  • L’apathie : cela peut se traduire par une perte d’entrain et de vivacité chez la personne. Cela peut être souvent une incapacité d’assumer les responsabilités à la maison, au travail ou à l’école. La personne peut ne rien faire et dormir durant de longues périodes. Il y a également un défaut d’initiative, commencer une action peut être compliqué, le mieux est d’accompagner la personne au début et faire l’action à deux.
  • L’émoussement affectif : la diminution, voire l’absence des réactions affectives. Le patient peut également avoir du mal à reconnaître ses émotions et à les comprendre.
  • L’anxiété : la personne qui souffre de schizophrénie peut être en proie à une anxiété permanente du fait de sa mauvaise perception de la réalité.
  • La dépression : les personnes schizophrènes peuvent également avoir des éléments dépressifs qui peuvent conduire à des passages à l’acte suicidaire. Le fait d’avoir conscience de sa maladie et toutes les complications qu’elle implique (traitement, stigmatisation etc..) peut amener des affects dépressifs.

Toutes les personnes qui souffrent de schizophrénie n’ont pas forcément d’hallucinations ou de symptômes positifs. Il y a des personnes qui n’ont seulement les symptômes négatifs et qui souffrent tout autant.

Il n’y a pas d’origine concrète connue pour la schizophrénie, on parle d’un modèle bio psychosocial qui prend en compte la génétique, la fragilité psychologique et l’environnement social et familial dans lequel la personne s’est développée et construite. La consommation de cannabis peut multiplier par 2 le risque de décompenser un trouble schizophrénique (Source : Inserm, 2018). Le début des troubles peut se faire de manière aiguë mais le plus souvent ce sont d’abord les symptômes négatifs qui apparaissent progressivement.

On traite la schizophrénie avec des neuroleptiques. Les psychothérapies sont aussi indiquées soit pour faire un travail précis autour des hallucinations par exemple, sur les difficultés relationnels soit pour un soutien et un accompagnement. La remédiation cognitive est recommandée pour les troubles cognitifs.

Il y a encore de nos jours une trop grande stigmatisation autour de cette maladie, principalement par méconnaissance et une certaine adhésion à ce que peuvent dire les médias. Non les schizophrènes ne sont pas plus violents que vous et moi, ce sont des personnes en grande souffrance et c’est une maladie qui peut très bien se gérer. Certains de mes patients sont réinsérés socialement, ont un travail et une famille. Le mot « schizophrène » n’est pas un qualificatif que l’on peut utiliser comme ça pour désigner un paradoxe.

http://tagueuleboris.com

Pour en savoir plus :

  • https://www.youtube.com/watch?v=iD3EuzP0baU  (Prévention pour lutter contre les stéréotypes de la maladie – Fondation Pierre Deniker).
  • Ta gueule Boris (http://tagueuleboris.com/ ; Blog sur la schizophrénie humoristique, son auteure souffre de cette maladie)
  • La Schizophrénie: La reconnaître et la soigner. Nicolas Franck (un des meilleurs, basique et très accessible)
  • Demain j’étais folle. Arnhild Lauveng. (Psychologue norvégienne souffrant elle-même de schizophrénie).
  • 100 Questions réponses sur la schizophrénie. Louis Bindler et Olivier Andlauer.
  • Le goût amer de l’abîme de Neal Shusterman (Roman portant sur un ado qui vit le début des troubles, basé sur la vie du fils de l’auteur)

10 réflexions au sujet de “La schizophrénie”

      1. Oui c’est sûr ! Je m’étais beaucoup intéressé et sa vie. En lisant ton article je suppose que de nos jours, avec ce nouveau critère du spectre de la schizophrénie, il aurait sans doute été diagnostiqué. Par exemple il pensait qu’il était surveillé par le FBI et qu’il recevait des messages divins 😱 et dans ses livres, ce qui est génial, c’est que ses personnages (et les lecteurs) perdent pieds et ne savent plus ce qui est réel ou non 🙃

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  1. Oh c’est bizarre je peux pas répondre à ta réponse 🤔 ça doit être limité 😅

    Il a écrit plein de livres ! Mon préféré c’est son plus connu, « Ubik », qui aurait inspiré Matrix 😜 ! Une analyse qui spoil : https://youtu.be/8ZaivznqW_g

    Y’a plein de réalisateurs qui ont adapté ses livres/nouvelles… Globalement c’est pas du tout fidèle mais les thèmes sont respectés. Tu connais peut-être Blade Runner, Total Recall, Minority Report, Paycheck, L’Agence, Planète Hurlante, A Scanner Darkly etc.

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  2. Extrait de « Eloge des intelligences atypiques – David Gourion & Séverine Leduc »

    « La question des liens entre autisme et schizophrénie est très compliquée, d’une part, car il existe des symptômes schizophréniques qui ressemblent fortement à certains traits autistiques (retrait social, bizarreries, difficultés à comprendre l’état mental d’autrui…), et, d’autre part, il a été montré que près de 20 à 30 % des personnes schizophrènes présentaient préalablement au début de leur maladie des traits autistiques et que, à l’inverse, environ 10 à 20 % des personnes autistes développeront des symptômes psychotiques. Par ailleurs, la schizophrénie est un trouble neurodéveloppemental comme l’autisme et, bien que les symptômes psychotiques francs apparaissent à l’adolescence, les études récentes montrent que des microsignes préexistaient relativement souvent dès l’enfance, bien avant l’explosion des premiers symptômes. Au-delà des similarités autant que des différences qui les opposent, autisme et schizophrénie sont-ils pour autant deux entités partageant des causes et des mécanismes communs ? Aujourd’hui, nul ne peut l’affirmer de façon certaine et les chercheurs qui planchent intensivement sur le sujet en sont encore au stade des hypothèses. Il n’est pas rare de rencontrer des patients qui consultent pour une suspicion de trouble autistique sachant qu’ils ont clairement un tableau de schizophrénie et qu’ils présentent effectivement des particularités cliniques communes aux autistes. Cependant la qualité du contact relationnel n’est pas la même qu’avec les personnes autistes : les personnes qui souffrent de schizophrénie dégagent une étrangeté particulière, une désorganisation de la pensée et une angoisse indicible qui sont différentes de l’inadaptation comportementale que l’on rencontre chez les personnes autistes dont la pensée est au contraire hyperorganisée et hyperlogique, de même qu’elles sont très, voire trop soucieuses de respecter les règles, et les appliquent avec une importante rigidité.
    Au-delà de ces questions pointues, gardons à l’esprit le fait que le fait de présenter un trouble du spectre autistique est un facteur de vulnérabilité pour la psychose et que le moins que l’on puisse conseiller aux adolescents du spectre autistique est d’éviter absolument la consommation de cannabis, car il a été clairement montré qu’elle multiplie par un facteur compris entre 3 et 6 le risque de schizophrénie chez les consommateurs réguliers avant l’âge de 18 ans. »

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  3. « Il y a une dissociation entre ce qui est réel et ce qui ne l’est pas ; le patient ne peut plus savoir ce qui relève de la réalité et ce qui relève de son délire. »

    Alors je vais peut être sembler tatillon mais… toi par exemple, comment tu fais concrètement la différence entre « ce qui est réel » et ce qui ne l’est pas ?
    La réalité elle même n’est-elle pas qu’un postulat qui fonde le système de croyance de tout un chacun ?

    Mes questions sont peut être triviales cependant, j’ai l’impression que la définition officielle de la schizophrénie (voir de la psychose en général) pose question, justement à cause de cette notion archi floue de « réalité »…
    Et ca me dérange d’utiliser des notions qui sont épistémologiquement fragiles dans leur définition :thinking: du coup je suis assez mal à l’aise avec les diagnostics de psychose en général… bien que je m’en serve quand même pour des raisons de simplicité (je vais pas me mettre à parler de solipsisme et d’épistémologie à chaque staff à la clinique).

    J’aimerais bien qu’on arrive à définir ces pathologies de manière plus rigoureuses. Car ma réalité est très différente de la réalité d’une autre personne « sans trouble psychiatrique », et pourtant, le DSM consisère que cette personne et moi avons accès à la même « réalité »: c’est faux. La réalité est une construction subjective, elle n’a pas de caractère absolu, et prétendre le contraire s’apparente un peu je crois à une confusion entre carte et territoire. Enfin, peut être que je m’égare…

    (PS: Idem que le commentaire précédent, problème de compte sur wordpress, donc si tu peux virer le commentaire identique à celui-ci… x) )

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