Mon quotidien

On diagnostique pas une dépression comme on diagnostique un rhume

Je me suis inspirée de « Jour meilleur » d’Orelsan pour ce titre et vous parler de quelque chose qui me tiens à coeur : le diagnostic en psychiatrie, la diffusion d’information sur la santé mentale sur les réseaux sociaux.

De plus en plus de contenus arrivent sur les réseaux sociaux sur le thème de la santé mentale. C’est à la fois une bonne et une mauvaise chose. Une bonne chose car, ENFIN, on démystifie et on parle de santé mentale sans tabou de sorte que plus de personnes sont sensibilisés et informées sur les troubles psychologiques. Certains contenus sont même présents à titre préventifs et c’est une réelle avancée.

Mais comme beaucoup d’autres contenus dans le domaine de la santé, on peut vite tomber dans la simplification des concepts, des diagnostics et parfois même faire de la désinformation. Vulgariser n’est pas « réduire une information », c’est rendre accessible cette information au plus grand nombre, mais ce n’est certainement pas faire, des raccourcis et encore moins faire penser qu’un acte médical est à la portée de tous.

Les retombées en milieu clinique

Travaillant dans une unité qui prend en charge les adolescents et jeunes adultes, je me retrouve confrontée avec l’équipe, depuis quelque temps, à une recrudescence de jeunes qui  ont un langage très psychiatrisé, qui parlent en termes de symptômes et non en terme de vécu qui leur est propre. C’est très difficile par la suite de décoller le patient de ce vocabulaire de façade pour avoir accès à ce qui l’amène réellement. Une personne m’a dit une fois qu’elle était « hypersensible » je lui ai demandé ce qu’elle comprenait de ce mot et elle m’a répondu : «Je n’ai pas d’empathie et je suis perfectionniste » : nous sommes très « à côté » de ce qu’aurait pu être la définition de l’hypersensibilité. Nous sommes responsables du contenu que nous diffusons, à nous de vérifier nos sources, de les afficher un maximum et de ne pas diffuser une information qui n’est pas vérifiée, en la présentant comme une affirmation ou une vérité absolue.

Le problème du DSM

L’un des soucis majeurs que je vois le plus souvent et la démocratisation du DSM sur les réseaux sociaux. A l’origine le DSM (Manuel diagnostic des troubles mentaux) est un ouvrage à destination des professionnels de la santé mentale sur lequel les médecins psychiatres s’appuient pour effectuer des diagnostics. Mais depuis quelque temps, je vois des « posts DSM » pousser un peu partout sous forme de liste de critères, qui est très éloigné de la réalité clinique. On pense à tort qu’un diagnostic (qui est un acte médical, rappelons-le !) est facile à faire, car il suffit de cocher les cases du DSM. On pense, à tort, qu’un diagnostic de pathologie mentale est à la portée de tous, qu’il ne nécessite pas de formation particulière. Ce n’est qu’une illusion !

Il existe des staff qui réunissent tout un service de psychiatrie parfois pour discuter d’un diagnostic d’un patient. Nous prenons le temps de voir le patient plusieurs fois dans la semaine, avec différents acteurs du soin, différents regards pour se réunir en synthèse et parler de ce que l’on a pu évaluer/observer. Poser un diagnostic permet par la suite de mettre en place un traitement, qu’il soit médicamenteux ou psychothérapeutique. On ne peut improviser ce genre de compétences. Quand je vois que cela nous prends plusieurs semaines, plusieurs heures de réflexions et d’évaluation ; imaginez mon étonnement lorsque je vois des diagnostics DSM fait à la va vite sur Instagram.

Parler de santé mentale, n’est pas réservé aux professionnels ou aux personnes concernées. On peut tous en parler et c’est comme cela que nous arriverons à lever le tabou sur ce domaine. Cependant, ne gâchons pas les points que nous avons peinés à acquérir jusqu’à maintenant en diffusant des informations erronées et non vérifiées. Prenons le temps de sourcer nos informations. Et si vous ne savez pas : demandez à quelqu’un qui sait ou ne faites pas. Ce n’est pas grave de ne pas savoir. Acceptez les limites de nos connaissances sur certains domaines, est parfois la meilleure chose à faire.

N’hésitez pas à réagir, si vous avez eu le même sentiment un jour ou non.

2 réflexions au sujet de “On diagnostique pas une dépression comme on diagnostique un rhume”

  1. bonjour ,
    comme je ne vais pas sur les réseaux , je n’étais pas au courant !
    mais j’ai entendu des généralistes dire aussi que les psychiatres sur-diagnostique la bipolarité. mon psy aussi m’a diagnostiqué bipolaire , alors que je ne suis pas !
    vous avez raison, que le diagnostique est difficile à faire , pour ces raisons ;
    devant un psy, on n’a certes pas la même attitude que dans la vie , c’est certainement difficile de diagnostiquer pour tout le monde. devant un psy , je suis toute à l’écoute , alors que dans la vie non : je ne suis pas émotive, puisqu’il n’y a pas lieu de l’être .
    je peux faire de l’humour tout le temps, quand çà va pas , et mon psychologue n’y a rien vu.

    ce qui est bien, c’est qu’aujourd’hui, il n’est pas anormal, d’avoir un problème psychologique pour certaines personnes . on l’a vu avec le covid , toutes ces personnes qui ont diagnostiqué leurs fragilités .

    Aimé par 1 personne

    1. Oui vous avez raison, c’est plutôt bien que l’on puisse davantage parlé de santé mentale sans autant de tabou qu’avant ! ça évolue de ce côté là et c’est plutôt bien 🙂 Après le psychiatre est le médecin spécialiste de la santé mentale et de ses pathologies contrairement au généraliste. Ils arrivent qu’ils se trompent c’est possible également, ne pas hésitez à leur en parler dans ces cas là

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