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Logorrhée

On parle de logorrhée lorsqu’une personne à un débit verbal très important. Lors de mes stages en psychiatrie, j’ai appris assez rapidement ce mot, car la définition qu’on m’en avait fait m’avait marqué : on dit souvent de la logorrhée que c’est une diarrhée verbale !

On dit donc d’un patient qu’il est logorrhéique lorsqu’il va parler très vite et beaucoup. C’est patients ressentent un besoin de parler très important. C’est un symptôme dit transdiagnostic, car on peut le retrouver dans plusieurs pathologies. Bien souvent, on l’associe aux patients souffrant de trouble bipolaire en phase maniaque. Ce sont des patients qui vont avoir un débit verbal tellement rapide, important et en continu, que vous aurez du mal à pouvoir intervenir lors des entretiens.

Mais on peut également retrouver la logorrhée dans la schizophrénie, le trouble schizoaffectif, le trouble anxieux, certains troubles neurologiques…

Ce n’est pas un symptôme que l’on dit « pathognomonique » (vous vous souvenez?) c’est-à-dire qu’à lui seul, il ne suffit pas pour poser un diagnostic. Il doit être associé à d’autres signes pour cela.

Dans le discours logorrhéique du patient, les idées ne sont pas forcément organisées, ils vont passer le plus souvent du coq à l’âne. Assez souvent, la logorrhée est associée à la tachypsychie. C’est-à-dire que notre pensée est considérablement accélérée et comme les idées fusent dans la tête, cela peut donner cette impression de discours décousue que l’on peut avoir parfois du mal à comprendre.

La logorrhée est un symptôme qui est facilement repérable par les proches, ce qui peut par exemple grandement aider dans le cas d’un premier épisode psychotique, car la durée de psychose non traitée est très importante pour le pronostic.

Un traitement ?

En général, si ce symptôme est signe d’un trouble psychiatrique, il disparaît lorsqu’un traitement qui régule l’humeur (thymorégulateur) ou un antipsychotique est introduit.

Si la logorrhée est d’origine anxieuse, des techniques pour réguler la tension et l’anxiété pourront être utiles.

Que faire face à un patient logorrhéique ?

Quand on est jeune diplômé en santé, cela peut être assez impressionnant de se retrouver face à un patient qui parle en continue. Cela peut déstabiliser dans le sens où vous ne pouvez que très peu intervenir. Rappelez vous que le plus souvent c’est symptomatique et que le patient peut souffrir de cet état. Ils peuvent également avoir tout à fait conscience de ce phénomène.

N’hésitez pas à le notifier si cela est trop important : « Je vois que vous parlez très vite, est-ce que c’est quelque chose qui arrive souvent ces derniers temps ? (si votre but est par exemple une évaluation diagnostique) ou « Je vois que vous parlez très vite, tout va bien ? Prenez votre temps, nous ne sommes pas pressés.

Vous pouvez très bien recentrer le patient si en plus de sa logorrhée il est digressif : « Etes-vous d’accord pour que nous revenions sur ce que vous m’avez dit plus tôt, à savoir … ?

Si avant de prendre le patient en entretien vous savez qu’il est logorrhéique, cela peut aussi faire partie de votre cadre de lui expliquer qu’à certains moments vous allez devoir le couper, mais que ce n’est pas pour l’embêter ou le brider, mais pour avancer dans l’évaluation (par exemple).

Dans tous les cas, et pour n’importe quelle problématique, il est toujours bon de prévenir le patient sur ce que l’on va faire durant un entretien.

Vous connaissiez ce terme ?

10 réflexions au sujet de “Logorrhée”

  1. Je ne suis pas psy et je n’ai aucune formation (j’aime juste lire des livres à propos de ce domaine par curiosité et pour mon propre bien-être) et j’ai déjà eu affaire à une personne qui s’est lancée dans une logorrhée. Ce n’était pas évident car c’était un proche et tout ce que j’ai pu faire, c’est me taire et l’écouter avec empathie et bienveillance, parce que je sentais bien que la personne était prise dans ses propres tourbillons émotionnels et qu’elle avait besoin d’évacuer. Mais je n’aurai pas été capable de faire ça sans connaissance de la CNV (Communication Non Violente) et j’ai conscience aussi que la CNV seule ne suffit pas et que ce n’est pas à moi de faire le travail de la personne ^^

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    1. LOL j’espère que c’est une blague ? Sinon vous risquez de vous mettre tout un tas d’universitaire à dos ^^ c’est la définition que j’ai toujours eu auprès de mes professeurs et mes tuteurs de stage en psychiatrie. C’est une image pour illustrer le concept au cas où ce n’était pas compréhensible ☺️

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      1. une définition ? une case ? un enfermement dans une pseudo bienveillance et une pseudo empathie ! place à l’échange … ce n’était pas une blague

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  2. Ne vous inquiétez pas : diarrhée verbale est parfait pour 1/ décrire l’incontinence verbale 2/ le déversement d’ordure sur l’autre. Moi pour parler d’un membre de ma famille psychotique, logorrhéique et très méchant, j’utilise la seule image susceptible de décrire l’emprise de son délire et le délabrement qu’il cause dans son entourage : « il me chie dans la tête ».

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  3. Pourrait-on avoir affaire à une personne qui rencontre très peu de gens, qui n’a aucune vie sociale et donc, qui profite du temps imparti pour tente de sortir tout ce qu’il a sur le cœur ? D’autant qu’il sait que le temps de la consultation est limité. La logorrhée étant alors surtout remarquée par des digressions autour du sujet principal ? Par ailleurs, comment expliquer qu’un patient déjà sous anti-dépresseurs continue à manifester ce trouble ? La solution n’est-elle pas de lui accorder plus de temps, au moins pour voir ?

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    1. Bonjour,
      Lors de l’entretien d’anamnèse c’est quelque chose que l’on va explorer, l’histoire de vie du patient. On saura donc dans quel cadre peut se manifester la logorrhée qui est une manifestation trans diagnostique, que l’on peut rencontrer dans d’autres troubles que le trouble bipolaire par exemple. L’antidépresseur n’agit pas forcément sur cette manifestation. Par exemple l’antidépresseur chez un patient souffrant de trouble bipolaire en phase maniaque n’aura soit pas d’effet, soit ça excitera encore plus le patient. Dans la clinique, je fais la différence entre discours logorrhéique et un discours, ce n’est pas tout à fait la même chose ☺️

      Un patient logorrhéique va prendre tout le temps qu’on lui laisse si on décide de le laisser 3h il prendra 3h si ça s’intègre dans un trouble bipolaire par exemple, c’est en cela que c’est symptomatique. Un patient qui a besoin de parler plus car n’a pas d’entourage qui peut l’écouter c’est différent, il faut pouvoir aussi respecter le cadre de la thérapie qui impose un rythme. Parler sans avoir de retour du thérapeute n’est peut être pas très productif dans le cadre de la psychothérapie, il faut qu’il puisse y avoir un échange et donc le thérapeute est là pour cadrer et rebondir.

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  4. Bonjour, je découvre votre blog à l’instant.

    Merci pour cet article sur la logorrhée… Je connais quelqu’un qui souffre manifestement de logorrhées, ce qui a posé de nombreux soucis dans notre relation. Relation instable et conflictuelle, j’ai fait beaucoup de recherches de mon côté, en secret, pour tenter de comprendre son fonctionnement, pour mieux réagir. Je me suis renseignée successivement sur le TDAH, puis le trouble borderline, puis la cyclothymie, ma nouvelle hypothèse… Comme par hasard, je découvre via votre article que la logorrhée est typique des troubles bipolaires…

    Comment réagir face à un proche ayant une forte propension à la logorrhée ?

    Au tout début de notre relation, j’ai été éberluée devant ses « monologues », comme je les appelais alors… Une fois, je l’ai écouté 3h d’affilée, je me suis ENDORMIE sur le canapé, il continuait de parler… A l’époque, je me faisais un devoir de l’écouter véritablement, ce qui était donc très fatigant en termes de concentration et d’énergie mentale. Très vite, j’ai remarqué qu’il disait toujours les mêmes choses, des sortes de ruminations pendant lesquelles il cherchait à comprendre les causes de son profond mal-être (enfance, relation avec ses parents, échec scolaire, etc.) Je me permettais donc de ne l’écouter que d’une oreille, ou sans chercher à lui manifester mon écoute (via un contact visuel, des signes de tête ou des ponctuations « ah oui ! » « oh ! » par exemple). Avec le temps, je repérais des détails nouveaux, mais rares, dans ses schémas argumentatifs figés.

    C’était vraiment très difficile à vivre. Au bout de deux ans de relation, j’arrivais immédiatement à repérer le déclic du passage en mode logorrhée, sauf que je n’arrivais pas à l’interrompre. Souvent, j’en ressortais complètement apathique, vide, abrutie et assommée, si bien qu’à l’arrêt spontanée de sa logorrhée, un silence pesant s’installait… Venaient donc les reproches de sa part que je ne parlais pas, qu’il s’ennuyait avec moi. Quand je lui reprochais ses monologues, il me répliquait « mais parle alors ! tu dis rien ! » ce qui très rapidement a sapé ma confiance en moi.

    En cumulé sur ces deux ans de relation, ses monologues ont certainement duré des dizaines et des dizaines d’heures, peut-être même plus d’une centaine. C’est véritablement énorme et impactant dans la relation.

    Après deux ans de relation, nous avons définitivement rompu. Nous avons coupé le contact pendant plusieurs mois, et récemment, nous avons repris un échange épistolaire. Nous avons fini par nous téléphoner. Malheureusement, au bout d’un moment sa logorrhée s’est déclenchée, je l’ai tout de suite repérée, et tout de suite je me suis sentie mal. Je n’ai pas su l’arrêter, elle n’a pris fin qu’une heure après. Silence pesant. J’étais tellement mal que je lui ai dit sans y mettre les formes « je ne peux plus supporter tes monologues, j’en ai marre, c’est insupportable ! », il m’a reproché mon silence, et nous avons raccroché violemment, dans la souffrance…

    Notre reprise de contact a donc été directement sapée par cette logorrhée.
    Je repose la question : que faire, comment gérer quand on est un proche ?
    Merci beaucoup pour votre réponse.

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    1. Bonjour,
      Je suis désolée de ce qui vous arrive et je vous remercie pour votre confiance de venir déposer cela ici. la logorrhée est une manifestation transdiagnostique, c’est à dire que l’on peut la retrouver dans plusieurs manifestations, notamment anxieuse. Et également chez des personnes qui sont assez seules dans leur quotidien et qui, sans s’en rendre compte, peuvent envahir l’autre dès qu’ils se sentent en confiance car ils ont un besoin très important de s’exprimer (probablement car ils ne peuvent le faire ailleurs). Votre ami est il suivi par un psychothérapeute/psychologue ? Car ce besoin de s’exprimer qui l’envahi lui même et qui prend beaucoup de place pourrait être contenu lors de séances régulières avec un professionnel dans un cadre précis. Les thèmes qu’il aborde avec vous ont l’air complexes et il est difficile de pouvoir rebondir ou répondre lorsqu’on est dépassé par ce que l’on entend, surtout si cela dure depuis plusieurs heures. Il vous place dans une position difficile à tenir, sans doute qu’il ne le fait pas consciemment.

      Ce que je fais en séance avec mes patients, c’est que je nomme ce qu’il se passe. Le fait qu’ils parlent vite et beaucoup et je rebondis sur leur réponses pour les rassurer. Vous pouvez également lui parler à froid, une fois l’émotion passée, pour lui expliquer que ce que vous ressentez dans ces moments là, ce que cela provoque en vous, faire une critique constructive, sans critiquer sa personne, mais son comportement. Que vous aimeriez lui venir en aide mais que parfois cela dépasse votre cadre et vos limites. Je peux éventuellement vous envoyer une petite fiche pour vous guidez si vous m’envoyer un mail.

      Courage !

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